George Eliot la combattante

Telle l'autre George – Sand –, Eliot se veut "moraliste classique" pour au besoin énoncer avec force et intelligence leurs faits aux hommes de son temps. Comme elle aussi,  elle endosse au besoin le sort des perdants en expliquant sur quels jougs reposent la loi de certaines destinées.
Si bien que ce livre – encore inédit en français – reste le modèle du roman politique là où  l'ironie évite une position uniquement partisane.  D'autant que le  caractère résolument réaliste du roman est tempéré – ou renforcé – par le recours à des mythes.

Eliot les utilise ici car ils sont propres à transcrire la réalité moderne de son époque. Elle fait par exemple référence aux Atrides, cite Électre, Sophocle, Dante, la Bible dans une hybridation polyphonique qui ne noie en rien la langue de la romancière.
Elle fait de tous ces emprunts son miel.

Loin du gothique et de son horreur (à la Mary Shelley) elle préfère exploiter les potentialité de la réalité telle  mais approfondie et  nourrie de ses nombreuses lectures encyclopédiques.

Si bien que la romancière reste l'équivalent de Dickens et se hisse sans peine à sa hauteur. Il se peut même qu'elle le dépasse dans ce livre de combat aussi politique qu'amoureux.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

George Eliot, Félix Holt, le radical, traduction inédite de l'anglais et édition d'Alain Jumeau, préface de Mona Ozouf, Folio Classique, février 2021, 832 p., 10,90 €
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