Orwell : quand la dystopie devient réelle 

En octobre 2020 paraissait un volume de la Pléiade qui regroupait les Œuvres de George Orwell ; les voici en deux tomes chez Folio, nettement plus abordables et plus faciles à emporter avec soi pour lire au bord d’un lac, en forêt, sur la plage… Lecture poivrée d’un réel imaginé désormais le nôtre sous couvert de genre, de féminisme, d’égalitarisme, de multiculturalisme, et tous ces isme qui ne veulent plus rien dire mais servent de cache-misère pour déconstruire définitivement l’Histoire et rendre tous les Hommes égaux, c’est-à-dire esclaves de la consommation, du digital et bientôt de l’IA afin de continuer à travailler pour faire des choses inutiles et de pouvoir acheter des choses inutiles (iPhone et Cie) en mangeant chez McDo et en buvant du café dans des gobelets en papier mâché. Bref, le paradis pour une partie de la population totalement aliénée au système.
On peut espérer que le lecture de ces deux tomes lui dessille les yeux et lui ouvre la conscience afin qu’elle se rende compte de la beauté du monde et de sa poésie sans qui rien n’est vivable…   

Quand on parle de George Orwell, il n’est qu’un titre qui revient immédiatement à l’esprit, c’est Mil neuf cent quatre-vingt-quatre, et non 1984 ! Malgré le fait que cette date figure sur la couverture de la première édition américaine du roman, mais c’est bel et bien une erreur : si Orwell a semblé hésiter entre les deux graphies, c’est bien en lettres que le titre est écrit dans l’édition originale parue à Londres le 8 juin 1949 – tout comme le stipule le contrat d’édition. 
Ce roman est une fausse anticipation, un simulacre d’utopie inventé pour se moquer des utopies ! Orwell ne décrit pas ce qui pourrait se passer dans un futur proche, mais bien ce qui se passe maintenant ; d’ailleurs ses premiers lecteurs ne s’y sont pas trompés, qui n’ont pas eu de peine à reconnaître dans le Londres de la Zone aérienne n°1 la capitale anglaise de l’après-guerre. Contrairement à ses pairs, Orwell n’a pas cherché à peupler son roman de machines extraordinaires, et c’est là tout le génie déployé dans ce roman. Tout y est presque normal, sauf à quelques petits détails ; et c’est bien le grain de sable qui détraque toujours la machine la mieux réglée. Sans faire de bruit, petit à petit, l’étau se resserre, l’être humain est pris au piège. En manipulant la perspective temporelle, Orwell informe le lecteur qu’en 2050, l’adoption définitive du néoparle… Et l’effondrement du régime du Grand Frère : fascinante étrangeté que ce naufrage du Socialisme anglais et de sa langue idéale. Un parallèle avec le Brexit, l’Europe, l’universalité des droits, la pensée unique, l’écriture inclusive, le genre, et toutes ces niaiseries qui affluent sans arrêt depuis les universités américaines pour effacer la culture judéo-chrétienne et tout particulièrement française ?  

 

Mil neuf cent quatre-vingt-quatre s’enchaîne à La Ferme des animaux, fable animalière qui conte aux adultes – auxquels Orwell s’adresse comme à des enfants – la prise du pouvoir par le camarade Staline, joué dans le texte par un gros verrat nommé Napoléon. Au terme de la lecture, on comprendra que l’idéal de justice sociale et de fraternité des pères fondateurs de communisme a été définitivement remplacé par une dictature implacable qui sert d’abord les intérêts d’une caste (les cochons), maître du pouvoir politique. Les autres animaux du kolkhoze se retrouvent esclaves et voué à une vie toute aussi sinistre que la précédente.  

Tous les animaux sont égaux, mais certains animaux sont plus égaux que d’autres.

Empruntant sa forme d’écriture au registre de l’allégorie politique, La Ferme des animaux déploie des scènes courtes à l’action rapide. Et très vite l’on comprend que les exploités resteront exploités, et s’affranchir de ses maîtres c’est trop souvent se soumettre à de nouveaux maîtres… 

 

Rodolphe 

 

 

George Orwell, La Ferme des animaux, nouvelle traduction de l'anglais par Philippe Jaworski, Folio, janvier 2021, 176 p.-, 4,50 €
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George Orwell, Mil neuf cent quatre-vingt-quatre, traduction de l'anglais et édition de Philippe Jaworski, Folio, janvier 2021, 512 p.-, 8,60 €
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