Georges Bataille et Damien Daufresne : miroirs sans buée

                   

 

Georges Bataille et Damien Daufresne, « L’être indifférencié n’est rien », Fata Morgana, 2013, 24 pages, 450 E.

 

 

Ce que les mots de Bataille ouvrent dans le corps « indifférencié » pour permettre sa renaissance les interventions de Damien Daufresne l’écartent encore. A la nudité du mot écrire chez l’auteur (si l’on en croit Blanchot) répond les exhibitions nocturnes de l’artiste. Par effet de « nuit »  ce que l’écriture pourrait voiler ou altérer et paradoxalement mis à jour. L’abstraction du dessin renforce la vérité ultime de l’écriture elle-même abstractive. Néanmoins chez elle reste  la prêtresse démoniaque qui permet de répondre à ce que l’écrivain écrit  : « tu dois regarder, regarde » et que Daufresne reprend en charge dans des tracés sinueux d’une beauté formelle qui n’a rien pourtant de paradisiaque.

 

Par la présence de ces doubles traces surgit une nudité grouillante, fiévreuse, proche de la pulsation organique dans une rubescence nouvelle. L’artiste met au dehors la violence du dedans en ce qui tient à ce que l’écrivain nomme dans « L’érotisme » le  « sacrifice de l’intégrité d’un organisme ». Seul ce dernier  révèle la quête d’une continuité possible de l’être au delà de lui-même lorsqu’il quitte ses prières et ôte ses genoux de la pierre. C’est ce que rappelle  dans leur contestation mutuelle et en une communauté étrange les deux pouvoirs qui s’affrontent pour une inévitable entente dans ce livre rare : celui d’écrire et celui de dessiner. Y bouge un terrible silence qu’un frisson convulse. Il sillonne le long des lignes du texte tandis que déferlent en écume noire les interventions plastiques.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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