Gilles Berquet : sous verre

Nos animaux nous guettent, projettent des scènes impensables. Road du baiser noir sans musique. Juste le mouvement tremblé du souffle au sommet d’un museau. Imaginer un été sur le voilier d’Errol Flynn. Au-delà de la carapace de verre il y a sa Genia, la sœur feuillantine au milieu d’une mercerie d’étoiles insistantes. Gilles Berquet, en matelot, berlingue. Il réunit en métaphores les pièces détachées de nous-mêmes. Il ose confondre les sens et la lumière, mêler le blanc et le noir pour secouer nos négatifs au cœur blanc et des dessous de dentelles. Le profil canin titille l’ordre figé. Une main invisible le caresse déjà, le lisse et glisse. Avec l’idée de quelqu’un au dessus de lui-même. Ce n’est pas lui qui est pris au piège. Quelque chose est capturée. Sans quoi la pratique de la photographie n’est qu’un exercice d’intelligence. Elle rate son but en n’étant qu’espace mental. Il ne faut chercher à savoir (où l’on va) mais faire le vide pour  a. imaginer le regard du chien, b. soupçonner ses pensées. L’humain s’y croise : intérieur et extérieur deviennent un lieu unique. C’est un passage dont - comme le toutou snob - nous sommes les gardiens et les prisonniers.

 

Jean-Paul Gavard-Perret


 Gilles Berquet, « Intenses Voluptés », Paris-Photos, Grand-Palais, Paris, 13-16 novembre 2014.

 

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