"L’Eté des Lucioles" de Gilles Paris

“Grandir.

Un drôle de verbe“

 

Il y a loin entre Bourg-en-Bresse et Rocquebrune-Cap-Martin. Plus que deux villes diamétralement opposées, ce sont deux vies du petit Victor Beauregard, neuf ans, qui dialoguent entre elles. Papa et maman sont encore amoureux l’un de l’autre mais papa vit seul à Paris, et maman vit essentiellement dans ses livres, ou avec Pilar, la deuxième maman de Victor — car il faut bien un adulte pour s’occuper de la première… — qui lit et qui peint. Bourg-en-Bresse, c’est l’année, Roquebrune-Cap-Martin, c’est l’été, depuis cinq ans dans la même résidence qui fut un hôtel pour “les grands de ce monde“ dont rêve Rosita, la gardienne, en feuilletant ses Point de vue

 

Et c’est l’été où il va découvrir la présence de petites lucioles comme des “guirlandes lumineuses“ dans le jardin de la résidence, où il va mieux comprendre la détresse de sa grande sœur Alicia qui cherche à tout prix un garçon pour s’enfuir avec, où il va grandir et s’encanailler gentiment avec son meilleur ami Gaspar un peu plus loin que de coutume, qu’il va rencontrer deux étranges jumeaux “corbeaux“ Tom et Nathan qui vont lui faire découvrir un peu le monde plus loin. Et il y a Justice, son amoureuse, sa petite fée prisonnière des griffes d’Augusta, la sorcière toujours de noir vêtu qui la chaperonne.

 

“La vie sans magie, c’est juste la vie”


Il y a l’enfance du petit Victor, qui se transforme, qui découvre l’amour et le monde du haut de ses neuf ans, mais aussi celle de son papa qui ne sait pas grandir et reste comme Peter Pan bloqué dans un monde infantile, et l’enfance perdue, dont Pilar fait des tableaux douloureux :

 

“A trop se réfugier dans son enfance, ma deuxième maman se fane comme une fleur sans eau. […] J’ai souvent vu de la tristesse sur son visage quand elle regarde le ciel de la terrasse sans savoir que je l’observe, ou quand elle peint, seule, chaque matin, et que sa blessure sans sparadrap descend jusqu’au pinceau.“

 

Beaucoup de pertes dans ce beau roman, beaucoup de petits secrets qui, dévoilés, donnent à Victor une occasion de grandir un peu, de s’emplir d’histoires, comme celles de Félicité, la grande sœur de papa, dont on ne parle jamais, et qui fut une amoureuse éperdue et triste. Des rencontres, des amitiés magiques comme avec deux étranges jumeaux qui vont dénouer tous les fils qui retiennent ces vies prisonnières d'elles-mêmes, pour que ce très bel été qui vit les lucioles réapparaître, devienne un très beau conte.


 

Loïc Di Stefano

 

Gilles Paris, L’Eté des Lucioles, Editions Héloïse d’Ormesson, janvier 2013, 224 pages, 17 euros


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