La Nouvelle vie d’Arsène Lupin — Retour, aventures, ruses, amours, masques et exploits du gentleman-cambrioleur





« Enfin, dernière preuve que j’ajouterai au volumineux dossier : Arsène Lupin existe, nous l’avons tous rencontré, sous les traits de Jules Berry, Robert Lamoureux, Georges Descrières. Nous l’avons tous vu agir. Dès lors, comment pourrions-nous nier son existence ?
 »

André Comte-Sponville (Arsène Lupin, gentilhomme-philosopheur)

 

 

Maurice Leblanc est né en 1864 et est mort en 1941. Son œuvre est l’héritière des premiers romans à énigmes de Balzac auxquels il amène l’invention d’un héros récurrent qui fera le genre. L’ensemble ne saurait donc être décrypté sans l’étude des aventures de son héros, Arsène Lupin, qui imprégna tant sa vie, qu’il crut, ou fantasma, réellement, rencontrer jusqu’à s’enfermer à la fin de sa vie, craignant le retour d’un Lupin mécontent de ses écrits.

Deux écoles s’opposent. L’une universitaire, surtout autour du cycle Leblanc de l’Université de Grenoble [1] décrypte dans l’œuvre de Leblanc une écriture « souterraine », « inconsciente », qui serait la même que celle de ses contemporains Gaston Leroux ou Conan Doyle, comme de Jules Verne, légèrement plus vieux, en fait l’écriture d’une époque mêlant enquêtes policières, scientisme et ésotérisme. L’écriture en feuilletons de la seconde révolution industrielle joue du patriotisme comme de l’explosion des découvertes scientifiques créant pour la première fois dans l’histoire de l’édition un genre populaire de la littérature, prémices du polar.

La deuxième école [2] est celle d’une écriture consciente d’un deuxième degré chez Leblanc. Une deuxième lecture qui reprend ses travaux de Loges, comme son goût prononcé pour les sciences ésotériques, qu’on retrouve dans le mythe de l’éternelle beauté de la comtesse de Cagliostro, mais aussi dans l’Aiguille creuse, dont l’énigme du trésor de Rennes-le-Château trouve toute sa place : rappelons que les complices de Lupin s’appellent « Doudeville » (la légataire du testament de l’évêque Billard habite Doudeville), et que l’évêque lui-même se prénomme Arsène...

C’est dans cette lignée qu’Adrien Goetz a écrit La Nouvelle vie d’Arsène Lupin et tout y est pour les amateurs de l’œuvre de Leblanc. Du premier regard du jeune Beautrelet sur la Cagliostro éternelle, au mythe d’un trésor infini et magique issu d’un secret autant ésotérique que scientifique.

Lupin est donc immortel, et nous le savions déjà, ayant lu les démonstrations brillantes de François George et ses amis/comparses de l’association des amis d’Arsène Lupin. Il fut Vidocq et l’Adrien Lyévain qui aida Champlain à construire la Nouvelle France, il vécut sous Tibère, mais reste aussi caché sous un casque de Daft Punk, bref, Lupin est partout, mais seulement désigné par sa trace dans l’histoire : « Mes actes me désignent suffisamment, tant mieux si l’on ne peut jamais dire en toute certitude : Voici Arsène Lupin. L’essentiel est qu’on dise sans crainte d’erreur : Arsène Lupin a fait cela ». [3] Ou encore le cri de l’inspecteur Ganimard « je le vois partout, parce qu’il est partout » auquel le chef de la Sûreté, Lupin déguisé, bien entendu répond ironiquement : « Lupin est dans tout, Lupin est partout ».

Goetz connaît l’œuvre de Leblanc, jusqu’à reprendre dans le nom des chapitres les titres des plus importants opus de la série, ainsi que leurs histoires remises à jour. Il a travaillé la biographie de Lupin précisément et joue du texte en utilisant les mêmes phrases courtes et les chapitres « feuilletons » devenus « page turner » dans le vocabulaire du polar contemporain. Il a même rejoué aussi la scène de la rencontre de l’auteur (lui étant le nouvel auteur du nouveau Lupin ou plutôt du Lupin immortel) au début du livre comme à l’époque Leblanc racontait sa première rencontre avec le gentleman-cambrioleur.

 J’ai trouvé dans ce court roman, essai de résurrection du héros de Leblanc un excellent dérivatif au trop anglo-saxon Herlock/Sherlock. Nous y retrouvons tous les personnages, la rivalité amoureuse de Lupin et du jeune Beautrelet autour de Joséphine Balsamo, le Comte de St Germain, la belle aux yeux vert, la danseuse de corde… les péripéties des cambriolages épiques poursuivies par l’inspecteur Ganimarion, jusqu’à la mort de Lupin, introduction à de nouvelles aventures, le tout dans une langue légère qui m’a fait passer un bon moment. Rien de ridicule dans ce travail précis de reconstitution des aventures d’Arsène Lupin transposées dans le présent, parfaitement rendu avec cette ironie de la description de l’actualité, transformée par la fiction.

Je recommande et j’attends la suite…


Patrick de Friberg

Adrien Goetz, La Nouvelle vie d’Arsène Lupin — Retour, aventures, ruses, amours, masques et exploits du gentleman-cambrioleur, Grasset, mars 2015, 18,50 € 


[1] Itinéraire à travers les cycles de Lupin et Rouletabille, 1980-2001

[2] De nombreux ouvrages plus ou moins intéressants sont parus sur le sujet. À signaler le travail encyclopédique de Patrick Ferté Arsène Lupin supérieur inconnu, chez G. Trédaniel.

[3] L’évasion d’Arsène Lupin.

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