Nicolas Grimaldi, "les nouveaux somnambules"

La tentation est grande de considérer que le monstre n'est pas humain, du moins n'est pas dans un état normal de conscience, cela permet de l'isoler du monde "normal" et donc de ne pas pervertir le reste des humains avec ce poison qui s'est emparé de quelques-uns... C'est ce que propose le philosophe Nicolas Grimaldi en considérant que les attentats islamistes qui endeuillent le monde sont des somnambules pour qui la réalité n'est rien qu'un songe creux, et leur propre songe faisant office de réalité. 

 

L'aveuglement fanatique, qui déplace le réel, est le point commun de tous ces terroristes, la disparité des profils culturels et sociologiques conduit au plus petit dénominateur commun : une distance par rapport au réel qui conduit à un certain aveuglement. La raison humaine n'est plus mobilisée, ce sont des automates, des corps abandonnés à un système communautaire qui les guide, les illumine, les transforme en un mot les manipule. Le fait religieux tel qu'exhibé ici serait, pour revenir à la parabole de la Caverne platonicienne, l'élément qui fait se concentrer le croyant uniquement sur l'illusion, en fait toute sa réalité. Bien plus, cette réalité mythique permettant de subsumer le réel devient pour eux la vraie réalité, et cela leur convient parfaitement. Est-ce différent comme délire d'aveuglement que les hommes qui consacrent leur vie aux flux boursiers et tuent par la famine des millions de personnes pour spéculer ? Est-ce différent des sociétés marxistes qui veulent imposer le bonheur au peuple malgré lui ?

 

Cette vision exclut bien commodément la volonté propre à chacun, et confine les terroristes dans un embrigadement qui signale certes une volonté politique globale mais en dédouane généreusement les acteurs immédiats des tueries et des attentats. Pourquoi cette bienveillance ? Dire que le fanatique prend "une fiction pour la réalité" ne suffit pas, car au contraire il fait de son désir fictionnel sa vraie réalité et l'impose par la force aux autres. Funambules ou voyants ? ou simplement soldats d'une cause que Nicolas Grimaldi n'est pas en mesure de comprendre parce qu'il tente d'appliquer les principes de la raison sur ce qui justement y échappe ? N'est pas cela même la définition du fanatisme ?

 

Loïc Di Stefano

 

Nicolas Grimaldi, Les Nouveaux somnambules, Grasset, janvier 2016

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