"Le Dernier des nôtres", une histoire d'amour interdite au temps où tout était permis

Werner Zilch est un jeune homme à l’énergie contagieuse. Aussi efficace quand il s’agit avec son associé Marcus de couvrir New York de buildings que de séduire les femmes. Mais quand il rencontre la superbe Rebecca Lynch, sa vie prend une toute autre dimension.

En effet, la jeune femme issue d’une des familles les plus fortunées de Big Apple a un caractère au moins aussi affirmé que celui de Werner. Entre eux, immédiatement, c’est la passion, le temps s’arrête quand ils sont ensemble, l’avenir leur sourit. Le jeune homme adopté, issu de la classe moyenne est au comble du bonheur dans la vie new-yorkaise des années 70, où il rencontre Andy Warhol, Patti Smith, Joan Baez en compagnie de la femme de sa vie qui est aussi une peintre douée. Jusqu’au jour où elle l’invite à rencontrer ses parents. Là, tout s’écroule. A l’accueil glacial de son père, succède le trouble de sa mère, Judith qui fait un malaise en le voyant et lui dévoile un passé épouvantable auquel elle semble l’associer. A la suite de ce dîner, Rebecca disparaît sans la moindre explication. Werner effondré, ne comprenant rien à la situation se met à sa recherche, se perd dans les bras d’autres femmes, continue à travailler de plus en plus, complètement désespéré.


Pour la retrouver, il devra plonger dans l’horreur du nazisme dans laquelle sa famille biologique dont il ignorait tout fut impliquée, menant une quête à la fois historique et personnelle qui le changera profondément. Le jeune loup qui avançait à marche forcée vers une réussite qui lui était promise sans états d’âme acquiert la profondeur et la maturité qui lui faisaient défaut.


Roman d’aventures, roman choral, Le Dernier des nôtres met en scène de nombreux personnages : Werner, Marcus, Lauren, la sœur de Werner, les les membres de sa famille allemande dont il n’avait jamais soupçonné l’existence, dans un tourbillon, une effervescence addictifs.


Alternant en permanence deux époques, la guerre en Europe et les années soixante dix, les exactions nazies et la vie foisonnante et riche des seventies, le lecteur passe de l’horreur du bombardement de Dresde dans laquelle naît le héros, au bonheur de vivre sa jeunesse à New York vingt cinq ans plus tard.


Dans cette fresque, l’auteur aborde des thèmes aussi forts que la passion, l’amitié, la mémoire, l'impossibilité d'oublier pour les victimes de la Shoah, la nature de l'identité d’un individu, la responsabilité des actes de nos ascendants, la légitimité de rendre une justice sauvage, l'amour, sans jamais perdre de vue le plaisir du lecteur, l’efficacité de la narration. En prenant même un malin plaisir à l’emmener sur de fausses pistes, à multiplier les rebondissements.

Dans ce deuxième roman où tout va très vite, Adélaïde de Clermont Tonnerre confirme le talent qu’elle avait laissé entrevoir dans Fourrure, couronné par de nombreuses récompenses : Prix des maisons de la presse, Prix Sagan… il y a quelques années et signe avec Le Dernier des nôtres, un page turner digne de Douglas Kennedy, le maître du genre.


Brigit Bontour


Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Le Dernier des nôtresGrasset, août 2016, 490 pages, 22 €


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