La prétention philosophique : Denis Grozdanovitch

                   

Dans le formidable cortège humain des penseurs  médiatiques, Denis Grozdanovitch reste un prince sans rire. La foule de qui veut pas passer idiot le saluera. Il y a loin pourtant des « exercices d’imbécillité » prônés par Valère Novarina pour tordre le logos aux rodomontades d’un prétentieux qui s’en remet pour fustiger la bêtise à la loi de son intelligence. Il s’abrite sous l’égide des docteurs du Talmud. C’est là une argutie rapide  pour offrir un énième livre sur la bêtise, exercice qui séduit souvent nos penseurs avides de pensums marketing.   

Denis Grozdanovitch gratte la mandoline du bon sens : sa philosophie devient Rudolf Valentinesque. Arrangeant les concepts selon sa propre loi il se livre à des préludes, stimulations et simulacres para-philosophiques. L’auteur est propre à faire pâmer des épouses délaissées et les maris volages. Les unes et les autres aimeront à tremper les doigts dans la confiture philosophique de ce poly-chineur. Il partage le bon grain de l’ivresse.

Ainsi tricotée la philosophie est plus lisible qu’un roman de Delly jadis ou de Musso aujourd’hui. Quand aux bûcherons de la réflexion (ceux qui ne se contentent pas des approximations de qui met les rieurs de son côté)  il n’est pas sûr qu’ils fassent de l’auteur  leur penseur de rondins. En son fier cocoricogito il n’échappe jamais à la ratiocination afin de créer ses moulages de sable. Sous prétexte  d’un espace excentré et mobile son savoir reste centré et immobile. Il en est le génie et nourrit un mécanisme mental propre à ceux qui croiront toucher, par un tel ouvrage, à la philosophie en tant qu’ultime berlue.

Jean-Paul Gavard-Perret

Denis Grozdanovitch, « Le génie de la bêtise », Grasset, 2017.

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