Stakhanoviste du style, vivant l’écriture comme un culte, Flaubert a cassé avec Madame Bovary la structure du roman traditionnel. Biographie de Gustave Flaubert.

Madame Bovary : biographie du chef-d'oeuvre de Gustave Flaubert

Si parfois la critique universitaire jargonne et multiplie les références absconses, Thierry Poyet a quant à lui fait le choix de rendre au public un 
Flaubert vivant. Spécialiste de la correspondance de l’ermite de Croisset, il recense dans Madame Bovary, le roman des lettres, pour les étudier, toutes les lettres de l’écrivain dans lesquelles il évoque son roman, qu’elles aient été écrites dès le début de la rédaction des manuscrits, en 1851, pendant la publication du roman et le procès ou même bien des années plus tard, lorsqu’il lui arrive de revenir sur cette expérience littéraire et éditoriale. Les correspondants de Flaubert se révèlent nombreux et variés, depuis sa maîtresse, la poétesse Louise Colet, destinataire de toutes les lamentations du romancier en proie aux affres du style jusqu’à son meilleur ami, le poète Louis Bouilhet, en passant par ses éditeurs, Maxime Du Camp ou Michel Lévy, des admiratrices inconnues comme Mlle Marie-Sophie Leroyer de Chantepie ou sa propre famille en tête desquels on trouve la mère et le frère du romancier.

 

Dans une première partie, Thierry Poyet étudie ce qu’il a appelé « Une chronologie de l’écriture : le roman d’une expérience ». Il explique notamment comment naissent et s’écrivent les grands romans et raconte, en s’appuyant sur la correspondance du romancier, la (pro)création d’un chef d’œuvre romanesque. Il rappelle les sources d’inspiration, raconte les affres du style et montre la critique et ses effets sur Flaubert.

 

Dans une deuxième partie, « une conception de l’écriture : le roman d’une idéologie », il s’agit pour l’universitaire de revenir sur l’écriture conçue comme un devoir par Faubert, son refus du lecteur, le mépris comme aristocratique de l’écrivain, son goût de l’idéal ou bien encore ses contradictions et son fameux rêve du « livre sur rien ». Les dogmes esthétiques de Flaubert sont nombreux et tous ne se retrouvent pas illustrés et confirmés par Madame Bovary au point que ce roman puisse, quelquefois, finir par faire horreur à son auteur ! 

 

La troisième partie de cette étude, passionnante parce qu’elle rend d’abord la parole à Flaubert épistolier, s’intitule : « Une définition de l’écrivain : le roman d’un homme ». Dans toutes les lettres que Flaubert a pu écrire, à ses si nombreux destinataires, il tente chaque fois qu’il aborde la question de la littérature d’y développer, par bribes, son fameux art poétique, qui ne verra jamais le jour. Une obsession anime le romancier qui tient dans les interrogations suivantes : qu’est-ce qu’un grand écrivain ? Comment ne pas se vautrer dans la glèbe d’un monde éditorial qui confond chef d’œuvre et littérature industrielle ? Comment écrire pour les siècles futurs et en même temps cracher sur ses contemporains, des bourgeois forcément honnis ? En révélant l’incapacité de Flaubert au bonheur, en montrant aussi sa propension au rêve, Thierry Poyet met au jour l’idéal littéraire de l’écrivain : il est contenu dans les admirations de ce lecteur insatiable et intransigeant, cette fois, passionné de l’œuvre de Montaigne et de Rabelais, contempteur de celles de Béranger et de Lamartine.

 

Certes, la correspondance de Flaubert est accessible à tous, depuis l’achèvement de son édition en 2007 dans la « Bibliothèque de La Pléiade » et il n’est guère difficile de s’y reporter. Pourtant, l’intérêt du travail de Thierry Poyet est évident puisqu’il choisit pour nous les passages essentiels – qu’il nous donne à lire – les organise en réseaux thématiques qui se croisent, s’interrogent et se répondent alors même qu’il se substitue à sa manière à Flaubert puisqu’il permet de trouver réunis en 291 pages tous les critères esthétiques du romancier, devenu le pape de la modernité littéraire. Avec cet ouvrage, le lecteur de Madame Bovary comprend mieux toutes les règles qui ont prévalu pour Flaubert au moment d’écrire son fameux roman. C’est, en quelque sorte, le roman du roman, la biographie d’un chef d’œuvre.

 

Avec ses lettres, Gustave Flaubert ne cesse de nous interroger, nous lecteurs du roman, et de nous montrer en même temps toute la difficulté de réussir un chef-d’œuvre intemporel quand on s’essaye à publier son premier roman. Pour tous ceux qui souhaitent relire Madame Bovary en comprenant mieux le travail de l’écrivain et pour tous ceux qui lisent pour la première fois ce grand succès de 1857, Madame Bovary, le roman des lettres de Thierry Poyet s’offre comme une mine de renseignements. Il s’impose commet le lieu où découvrir de nombreuses et enrichissantes informations sur Flaubert, son art d’écrire et son meilleur roman.


Joseph Vebret

 

Thierry Poyet, Madame Bovary, le roman des lettres, Éditions L’Harmattan, 294 pages, 2007


> Lire l'analyse complète de Madame Bovary :

Première partie : Biographie et psychologie des personnages de Madame Bovary

Deuxième partie : Analyse et psychologie du personnage d’Emma Bovary

Troisième partie : Structure du roman Madame Bovary


> Voir la biographie de Flaubert

> Voir la biographie chronologique de Flaubert.


> Lire également :

Flaubert savait-il écrire ?, par Jean-François Foulon

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