Stakhanoviste du style, vivant l’écriture comme un culte, Flaubert a cassé avec Madame Bovary la structure du roman traditionnel. Biographie de Gustave Flaubert.

Madame Bovary, éternellement…

Que n’a-t-on pas dit. Écrit. Commenté. Filmé sur Madame Bovary. Glosé, raillé, évoqué sans vraiment savoir. Sans vraiment l’avoir lu. Voilà un roman évoqué ici ou là par le plus grand nombre. Un néologisme, le bovarisme, est même né de la bouche des chroniqueurs inspirés. Et comme toujours, il faut revenir à la source. Car l’original est toujours, sans conteste, l’acmé des possibles. Un chef-d’œuvre littéraire. Une pièce du patrimoine national. Et universel. Que les illuminés du woke ne nous enlèverons jamais. Alors profitons du bicentenaire de la naissance de Flaubert pour (re)lire ce roman.
Bien souvent parcouru sur les bancs de l’école, sans trop savoir ce que l’on avait entre les mains. Trop niais pour en saisir tout le sel. Trop prétentieux pour en comprendre les desseins. Tout comme Le grand Meaulnes il faut relire Madame Bovary à l’âge adulte.
Et cette belle édition de poche – limitée – en est l’occasion rêvée : couverture dure, dos rond, marque page en tissu façon Pléiade et… petit prix !

Combien de francophiles étrangers pénètrent la culture française par la Normandie, la région de Rouen. Yonville-l’Abbaye, pour être précis. Puis les jeux de miroirs se déploient. La magie de la lecture cristallise les personnages. Et chaque lecteur participe. S’incarne. Se pourvoie en commentateur. S’insurge. S’enivre. Toutes les passions, tous les ressentis sont convoqués… Parent, enfant, frère, cousine ; tout le monde a sa madame Bovary dans le cercle familial.

Sans parler ce français si réaliste. De cette langue qui englobe la géographie, la syntaxe, la société, la politique, bref toute l’histoire de France. Cette image d’Epinal qui attirent les étrangers vers cette culture unique, creuset d’un brassage culturel. Essence d’une idée particulière… Et les mots de Flaubert pénètrent le lecteur. L’histoire s’inscrit comme sienne. Le plus grand auteur serait celui qui s’efface derrière son livre ? À n’en pas douter. L’écriture est l’œuvre du lecteur. Il saisit la phrase, la triture dans sa tête et la recompose dans sa lecture silencieuse. Voire la ressort un jour dans un courriel, une carte postale. Et ainsi se perpétue la musique des mots. La vibration des émotions…

Mais attention! Ce roman est dangereux. Lire Madame Bovary, au XXIe siècle, n'est pas sans risque. Tout comme dans le monde médiatique, le scandale n'est pas loin. Qui peut encore se targuer d'être sincère ? Chaque phrases de Flaubert est empoisonnée. Ce livre offense le fat. Son ironie renverse nos valeurs bourgeoises de la bienpensance. Vous voilà en possession d'un objet littéraire. Il y aura un avant, et un après...

 

Annabelle Hautecontre

 

Gustave Flaubert, Madame Bovary, préface d’Elena Ferrante, Folio classique, mai 2021, 544 p.-,  9,70 €

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