"L'appel de Cthulhu", "Dans l’abîme du temps" et "La couleur tombée du ciel" : réédition de trois essentiels de HP Lovecraft

La réédition de trois chefs d’œuvre de d'Howard Phillips Lovecraft est l'occasion de redécouvrir dans une toute nouvelle traduction l'immense talent d'un des plus grands écrivains américains du vingtième siècle.


La mécanique narrative de HP Lovecraft est parfaitement huilée : le personnage principal, souvent un notable cultivé (anthropologiste, professeur, ou architecte) au crédit au-dessus de tout soupçon, fait le récit de son aventure où il lève le voile sur certains mystères insondables de l'univers. Nous, lecteurs, savons donc qu'il a survécu à ces événements, mais nous découvrons bien vite qu'il y a souvent destin pire que la mort (folie, malédiction, etc.)


Chez Lovecraft, l'horreur est rarement frontale, rarement physique. Pas de monstre gluant, pas d'effusions sanglantes, pas de tueur psychotique. L'horreur lentement construite par Lovecraft ne s'attaque pas uniquement à ses personnages, mais bien aux lecteurs. En ce sens, l'histoire n'est qu'un véhicule pour faire passer le frisson. Qu'elle provienne de la nuit des temps et de cultes antédiluviens et interdits (L'appel de Cthulhu, 1928) ou des confins du cosmos (La couleur tombée du ciel, Dans l’abîme du temps), la véritable horreur lovecraftienne fonctionne à partir d'un constat simple : l'homme n'est rien, naufragé sur un petit caillou appelé Terre, menacé par des entités que nos cinq sens sont bien incapables de percevoir, et notre imagination de concevoir. L'horreur est inéluctable : le temps et l'espace ne sont d'aucun refuge et abritent autant de menaces pour les fragiles créatures que nous sommes. En attribuant à l'être humain une place microscopique et insignifiante dans le grand ensemble de l'univers, Lovecraft titille l'esprit du lecteur bien au-delà de l'horreur pure. 


Lovecraft travaille l'invisible, ou "l'indicible", comme il aimait l'écrire. Il a compris avant beaucoup d'autres écrivains fantastiques un principe simple : en mettant hors-champ la quasi-totalité des monstres et entités d'un bestiaire hallucinant, il démontre que rien n'est plus efficace en matière d'épouvante que l'imagination du lecteur. Un sentiment soutenu par une technique redoutable : des descriptions incroyables, parfois presque poétiques. En abreuvant le lecteur de détails, le lecteur construit ses propres images. Avant d'être abandonné par l'écrivain : seul face à l'inconnu.


Jamais au cours de vie d'artiste, Lovecraft n'aura connu l'honneur d'une publication en livre. Il aura dû se contenter d'être édité dans les pulps américains, ces revues bon marché imprimées sur un papier médiocre. Son travail aurait naturellement dû sombrer dans l'oubli. C'était sans compter sa puissance et ses qualités intrinsèques. Son œuvre a survécu à travers le temps pour nous parvenir. Mieux, il aura inspiré un bon nombre d'écrivains (Stephen King en tête).


La nouvelle traduction a bien entendu ses bons et mauvais côtés. Le style en version originale de Lovecraft est dense, bourré de descriptions et de longues phrases. Le texte est maintenant plus conforme à l'original et aussi plus moderne, probablement plus accessible aux jeunes générations. On ne m'en voudra pas de lui préférer le charme certes lourd de l'ancienne traduction, restituant à mon avis une certaine idée du charme des années vingt.


Ces trois ressorties tombent à pic pour qui n'aurait pas encore découvert cet écrivain. Elles balaient parfaitement l'étendu du talent de Lovecraft, constituant ainsi une rampe d'accès idéale au reste de l’œuvre (abondante) de l'auteur.


À noter enfin que la Necronomi'con, la première convention française dédiée à HPLovecraft se tiendra à Lyon, les 4 et 5 juillet prochain. D'ici là, parions que l'on aura déjà reparlé de HPL sur le Salon littéraire !



Stéphane Le Troëdec




Howard Phillips Lovecraft (scénario et dessins)

L'appel de Cthulhu, Dans l'abîme du temps, et La couleur tombée du ciel (suivi de La chose sur le seuil)

Édité en France par les éditions Points (16 avril 2015)

Traduit de l'anglais par François Bon

5,90 euros par ouvrage

ISBN : L'appel de Cthulhu : 9782757851357

La couleur tombée du ciel (suivi de La chose sur le seuil) : 9782757851401

Dans l'abîme du temps : 9782757851395

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