Scully et la disparition des images

Pour le poète Arthur C. Danto (1924-2013) Sean Scully a porté  l’abstractionnisme abstrait à son « supremum ». On pourrait penser qu’il s’agit là d’une vision tronquée par l’amitié qui liait les deux créateurs. Ce serait mal connaître Danto : le poète n’eut cesse de poursuivre ce qu’il considérait comme l’essence de l’art. Dans la suite des recherches des philosophes allemands (Hegel Nietzsche et Schopenhauer) il découvrit son idéal artistique chez le peintre irlandais. Pour lui comme pour Danto l'image du réel dans l’imagination n'est qu'une ombre passagère. Il s’agit en conséquence de la réduire. Et Danto fut « bouleversé » par la découverte de l’œuvre de l’Irlandais à laquelle il consacra de nombreux articles compilés dans ce superbe livre où ils sont combinés aux peintures, photographies, dessins de l’artiste.

 

Sensible à l'étroite parenté qui relie l’interrogation existentielle fondamentale à la réflexion sur la peinture chez Scully, Danto  montre comment la peinture qui fonctionne a priori comme un piège à regard trouve chez l’Irlandais un moyen de sortir d’une telle « flatterie ». Pour Scully comme pour Danto la représentation plastique du réel suscite un risque à ne pas courir car elle ne peut aboutir qu'à un cul-de-sac souligné – en creux - par Danto  « l'image la plus forte, c'est l'image de rien, de personne ». Seule cette image « idéale » peut atteindre ce que les deux créateurs ont cherché sans cesse, à savoir l'extinction de toute visibilité et plus particulièrement encore ce que le poète avait découvert chez Schopenhauer « la suppression et l'anéantissement du monde ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Arthur C. Danto, « Danto on Scully », 144 pages, 40 Euros, Hatje Cantz, Ostfildern, 2015.

 

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