El Lissitzky – L’expérience de la totalité

L’inventeur des fameux Prouns est à l’honneur à l’occasion de la grande exposition qui se tient à Beaubourg jusqu’au 16 juillet, ce qui justifie la réédition de cette monographie initialement parue pour accompagner trois expositions qui eurent lieu en Espagne dans les années 2014-15.
Eliezer Markovitch Lissitzky, dit El Lissitzky, fut un artiste pour le moins très engagé, travaillant avec les Soviétiques dès 1917, côtoyant néanmoins l’avant-garde européenne dans les années 1920 pour vite redevenir l’un des plus virulents propagandistes du régime stalinien dans les années 1930, jusqu’à sa mort en 1941…

Si l’on peut rester dubitatif quant à ses passions politiques, on admire pourtant l’extraordinaire prouesse technique et l’inventivité d’un artiste total : peintre, graphiste, typographe, concepteur d’exposition, architecte et photographe.
C’est un homme complet qui ne conçoit aucune limite dans le domaine artistique et créatif. Pour lui seul un tout submerge qui englobe beaux-arts, architecture et design, liant travail et art car, tout comme pour Malewicz, il considère que l’art ne relève pas uniquement de l’expression individuelle et de la production d’objets, mais devait être considéré comme une activité sociale et collective au service de la révolution.

Invité par Chagall à enseigner à Vitebsk, il s’inspire de la peinture de Malewicz et invente ses propres formes d’art abstrait dont il donne très vite (en 1920) le nom de Prouns, Projets pour l’affirmation du Nouveau…
L’œuvre doit répondre à un besoin, elle part donc d’une surface plane, se transforme en modèle d’espace tridimensionnel et se prolonge par la construction de tous les objets de la vie quotidienne. Certains devinrent des gratte-ciel horizontaux (sic), d’autres des ponts, des centres de sports aquatiques, etc.
Il utilisa également le procédé visuel des Prouns pour créer des costumes et des machines de scène.

Il s’intéressa à la photographie dès les années 1920 ce qui le conduisit cinq ans plus tard à réaliser des affiches de film, et en 1929 à concevoir le catalogue de l’Exposition du cinéma japonais qui eut lieu à Stuttgart.
Mais il concentra très vite ses forces vers des projets à vocation politique, notamment la conception de tribunes d’orateur (dont l’une est exposée à Beaubourg) et à la création de quelques affiches. Entre 1927 et 1939 il fut chargé de la conception de plusieurs expositions d’une importance majeure organisées à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union soviétique, il fut le principal concepteur d’expositions national. Il y trouvait aussi la place et l’occasion idéales pour créer une forme au sein de laquelle les visiteurs pourraient se déplacer tout en absorbant des informations ou un contenu narratif…
Ainsi parvenait-il à mettre en pratique le concept développé dans les Prouns : voir le spectateur se déplacer devant l’image de façon à l’appréhender selon différents points de vue.

Richement doté de belles illustrations et d’un appareil scientifique illustré, cette monographie simple et précise, offre une vision globale d’une œuvre multiple et changeante qui occupe une place importante dans l’histoire de l’art.

François Xavier

Olivia Maria Rubio (sous la direction de), El Lissitzky – L’expérience de la totalité, 180 illustrations, 220x270, Hazan, mars 2018, 200 p. –, 25 €

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1 commentaire

Jean

Comme d'habitude, très intéressent. Bon courage.