Napoléon, épopée en 1000 films, cinéma et télévision, de 1897 à 2015

Il y a quelques années j’ai commis deux livres portant sur les adaptations cinématographiques des Trois Mousquetaires et des Misérables, qui sont nombreuses. Je sais, donc, la difficulté de tout répertorier, d’aller chercher des œuvres oubliées dans le fin fond du cinéma muet ou au cœur de contrées exotiques. Or ce double travail n’était rien mais vraiment rien à côté de la tâche titanesque qui consiste à pointer tous les films sur et autour de Napoléon. Hervé Dumont a eu le courage de s’enfoncer dans cette mine et en est ressorti avec un énorme charriot rempli jusqu’à la gueule. De plus, il a poussé l’excellence jusqu’à visionner la plupart de ses œuvres. Sachant qu’il y en a mille, je vous laisse imaginer la patience qu’il lui a fallu. Patience d’autant plus grande que dans le lot il y a forcément des films plus qu’indigestes. Donc Hervé Dumont l’a fait et offre son travail au public à travers ce livre qui tient plus de l’encyclopédie que du fascicule.

L’auteur présentant le fruit de son labeur dans une introduction limpide autant lui laisser la parole : "Nous avons, tant pas commodité que par souci de clarté regroupé la matière collectée, c’est-à-dire le corpus cinématographique en fonction des périodes de la vie de Napoléon (jeunesse, Directoire, Consulat) puis des pays où passèrent ses armées. Le classement peut sembler arbitraire mais il s’imposait en raison de la quantité phénoménale d’événements qui se sont succédé en l’espace des deux courtes décennies traitées, et dont plusieurs s’enchevêtrent. À l’intérieur de ces 15 chapitres, 50 sous-chapitres, les films figurent pas ordre chronologique, ce qui permet (au risque de quelques inévitables redites) de suivre l’évolution d’un même sujet à travers les décennies."

De fait, ils sont tous là. Tous les films présentés les uns derrière les autres, comme dans une immense troupe passée en revue. Chacun d’eux est détaillé puis commenté. Dès lors Dumont se livre à un double travail d’historien. De Napoléon, d’une part. Même s’il se refuse d’entrer dans les détails, il souligne les erreurs commises dans moult films et les invraisemblables anachronismes. De cinéma, d’autre part. En donnant son avis sur chaque production, chaque prestation d’acteur. Ainsi d’un côté il enfonce Christian Clavier et son Napoléon télévisé, de l’autre il encense Antoine de Caunes dans sa version d’un empereur déchu et exilé (Monsieur N, sans doute un peu rapidement oublié).

Le livre ne se contente pas de se pencher sur les présentations de Bonaparte devenu Napoléon. S’y trouvent aussi les personnes de son entourage (famille, maîtresses et "satellites"). Ainsi Surcouf, Vidocq, Madame Sans-Gêne sont, entre beaucoup d’autres, au rendez-vous. Présent aussi les pays marqués par l’épopée napoléonienne. On ne s’étonne pas que les Anglais aient consacré plusieurs films à Trafalgar ni que les Espagnols ont tartiné foule d’œuvres sur la campagne hispanique. En ratissant ainsi un peu plus large, l’ouvrage permet d’inclure des personnalités aussi inattendues que John Wayne, Laurel et Hardy et Woody Allen !

Pour le cinéphile, l’intérêt est évident. Il dispose désormais d’un magnifique catalogue d’œuvres dépoussiérées et commentées. Dans de nombreuses fiches explicatives, les fabrications (souvent difficiles) sont narrées et Hervé Dumont prend un soin quasi maniaque à énumérer les lieux de tournage (à ce sujet, je lui signale que la plupart des intérieurs "aristocratiques" des Nouvelles Aventures de Vidocq ont été filmés au château de Vaux-le-Vicomte). Au passage, l’on se replonge dans les grandes lignes de la geste napoléonienne puisque chaque chapitre s’ouvre sur un rappel historique jamais ennuyeux. Double intérêt : faire sa révision de ces pages de l’Histoire de France, apprendre foule de détails sur l’histoire du cinéma.

Enfin, non seulement Dumont parle des films qu’il a vus mais aussi de ceux qui faillirent se faire. En particulier deux projets avortés de Charles Chaplin et, bien sûr, du grand rêve de Stanley Kubrick… qu’il ne concrétisa jamais.

Fourmillant d’informations ce Napoléon réserve son lot de surprises. On peut s’étonner de l’engagement de certains acteurs pour jouer le petit caporal ou l’empereur. La liste est longue !

Bien entendu, le tout est "richement illustré" comme on dit. "800 photos et affiches rares en couleurs et en noir et blanc" (je ne les ai pas comptées c’est le communiqué de presse qui l’affirme).

Il s’agit donc bien là d’un travail de qualité. Aussi exhaustif qu’il peut l’être. Bien sûr, l’on peut toujours ergoter. Dans Le Bivouac des curiosités (dernier chapitre) on peut ajouter Jean-Paul Belmondo qui, dans L’Animal, apparaît très brièvement en Napoléon. Mais à quoi bon ? Tout est déjà là et bien là. Y compris le passage des Misérables de Jean-Paul Le Chanois montrant Bourvil à Waterloo. Les amateurs seront aux anges, sûrement étonnés de voir le nombre de fois où l’aigle s’est envolé sur les petits et grands du monde entier.

Enfin, pour terminer, je ne peux m’empêcher de citer une phrase de Napoléon sur laquelle devraient méditer certains de nos "grands" hommes : "Les Français sont devenus trop sérieux pour pardonner à leur souverain des liaisons affichées et des maîtresses en titre."


NB : en avril 2003, au Nouveau Monde, était déjà paru un Napoléon à l’écran. Écrit par David Chanteranne, secrétaire générale du magazine Napoléon 1er et Isabelle Veyrat-Masson, inévitable chercheur au CNRS. Mais il s’agit plus d’un survol (et d’une analyse du thème) que d’une présentation complète. La filmographie y est, comparativement, des plus succinctes.


Philippe Durant 


Hervé Dumont, Napoléon, épopée en 1000 films, préface de Jean Tulard, publié sous le patronage de la Fondation Napoléon et de l’Institut Napoléon de la Sorbonne, Ides et Calendes – Cinémathèque suisse, 687 pages (grand format), 39€


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