Béatrice Casadesus dans la légèreté de la peinture révélée

L’occasion d’une triple exposition au Palais du Roi de Rome & à La Lanterne – à Rambouillet jusqu’au 4 mars 2018 – ou dans la très belle salle de l’île Saint Louis de la galerie Dutko, à Paris (jusqu'au 27 janvier 2018), vous offre une incroyable rencontre… et une monographie à petit prix, deux raisons de ne pas passer à côté.

L’artiste n’est jamais monogame, tel poète s’essaie à la peinture, tel peintre couche sur des cahiers ses impressions d’atelier, tel musicien se saisit d’un appareil photo, etc. si bien que Béatrice Casadesus délaissa un beau jour ses sculptures pour s’égayer sur les terres picturales, semelles de vent vers plus de légèreté. La faute à Seurat, sans doute, qu’une visite muséale transforma en révélation…
Encore fallait-il trouver l’axe de recherche, le moyen de s’exprimer de manière cohérente avec le ressenti : comment vaincre cette force qui s’emparait de ses mains et quémandait une forme d’expression ?

Sans doute trouva-t-elle une piste dans les broussailles de la représentation en revenant à l’origine : de Démocrite à Kandinsky, l’essentiel est unique, le point, qui se trouve être l’essence de toute origine, et que l’on peut donc déployer à l’infini. Soit, mais encore, quelle surface pour le présenter, quelle technique pour le travailler ? Dans cette époque trouble où Fontana perçait ses toiles et Klein se saisissait d’un chalumeau, Béatrice Casadesus souhaitait plus d’intimité, moins de violence quand à la fin des années 1980 le hasard lui mit entre les mains une feuille de bullpack.
Seconde révélation !

Ces feuilles plastiques couvertes de bulles vont jouer le rôle du hasard si cher à Hantaï et lui permettre aussi de contrôler son dessein, de s’ouvrir un panel de possibles, tant dans la chromatique que dans les formes qui vont en découler. Ainsi plongée dans la peinture puis appliquée sur la toile, voilà cette feuille magique devenir autant de mini-pinceaux ronds qui œuvrent à traduire une émotion.

Mais s’il y a bien de l’aléatoire chez Béatrice Casadesus, comme chez Kijno qui froissait ses toiles pour ouvrir un autre pan de lumière et de formes au-delà de sa technique propre, ce n’est pas pour autant du ready-made. Avec ce nouvel outil, manié d’une main qui connaît les trois dimensions, donc affranchie de l’aplat et désireuse d’inventer une direction inexplorée, Béatrice Casadesus réveille la peinture sans toutefois la contrôler, elle lui intime une poussée directrice, une intention en devenir et laisse filer couleurs et formes vers l’abnégation physique. Elle ne sera d’aucune chapelle et ses bulles ne sont en rien des grilles qui l’enfermeraient dans le clan des Supports/Surfaces, si le tableau est délimité par les contingences matériel d’un support, il est ouvert, libre comme l’air, léger, insatiable et gourmand du regard des autres.
Béatrice Casadesus est seule à connaître l’espace consacré où poser ses bulles, mais laisse le champ libre à la forme que le rond imposera à la surface du tableau, un jeu de rimes et de hasards mille fois répétés pour que la symphonie picturale résonne de mille feux plus ou moins éteints, plus ou moins foudroyants…

Ainsi s’inviteront les séries qu’imposent cette technique si particulière, poésie à chaque geste du retrait des feuilles plastifiées, poésie aussi dans le contre-point du geste supplétif d’arrangement, pinceau en baguette magique pour que le rythme de l’orchestre que forme tous ses points s’associe avec l’idée originale, poésie enfin dans la déclinaison en diptyques ou triptyques pour enfermer la métaphore sous nos yeux ravis.
Dans sa forme réelle, le point peut prendre un nombre infini d’apparences, affirmait Kandinsky : on ne peut en définir la limite confirme Béatrice Casadesus en creusant, tableau après tableau, ce sillon imaginaire qui devient l’empreinte d’une intention, trace pointillée suggérée plus que montrée, car avant tout s’impose au premier regard cette idée de légèreté – si chère à Milan Kundera – cette envie d’un ailleurs moins sérieux où soufflerait l’esprit extrême-oriental. Tant par la volonté d’un travail artisanal que l’esprit d’un zen omniprésent, Béatrice Casadesus témoigne d’un désir esthétique au sens philosophique du terme, d’un absolu en phase avec ce tout que l’on pourrait nommer Nature.

Dans le temps que vous passerez face au tableau – toujours prendre son temps face à une œuvre, telle est la clé du plaisir – surgira alors toute la lumière que module les reliefs suggérés par les milliers de points colorés qui vont s’imprimer sur votre rétine et pousser l’œil à se remplir de beauté. La partition picturale débutée pianissimo s’accélèrera dans la tornade des spirales pour s’achever fortissimo dans l’explosion kaléidoscopique d’un tout qui prendra possession de vous. Dans l’écho de cet effacement, vous ferez alors corps avec la toile, et le but sera atteint. Si vous vous retournez, que Béatrice Casadesus vous observe en souriant, c’est que vous aurez communié avec elle…

 

François Xavier

Sébastien Gokalp, Béatrice Casadesus, plus de 40 illustrations couleur, 120 x 170, Ville de Rambouillet & Ides et Calendes, octobre 2017, coll."Polychrome", 120 p. – 24€

 

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