Questionnements autour de l’existence

D’abord situer le cadre. Deux vies sont à la jonction de deux siècles, les XIX et XXe, celles de Luigi Pirandello et Henrik Ibsen, les deux autres s’inscrivant dans le XXe, celles d’Ödön von Horváth et Max Frisch. Puis voici quatre villes, aux noms évocateurs, autant d’étapes fondatrices dans leurs parcours : Agrigente où naquit Empédocle, Zürich la ville de la Réforme, Fiume et sa question territoriale, Skien illustre sous les Vikings. Quatre nations présentes ensuite, comme une Europe de la pensée et ses perspectives autant que ses origines en regard les unes des autres.

Quatre auteurs qui se retrouvent donc autour de leur exploration de l’être dans son essence, ses contradictions, ses vertiges, ses ombres, son humanité autant blessée par les dérives du monde que réconfortée par son ancrage dans une beauté hors du temps. On pourrait ici paraphraser Stendhal. Il avait noté que le roman est un miroir promené le long des chemins de la vie. Une pièce de théâtre ne l’est pas moins. Elle est une sorte de reflet social, de renvoi de soi à travers des personnages, une manière de juger les autres en se jugeant et vice-versa.

Quelques mots essentiels rassemblent ces quatre écrivains, même s’ils leur donnent des sens parfois opposés et de ce fait des portées différentes : l’absurde, le doute, l’angoisse, l’espoir, le drame à vivre au quotidien, la mort, les dictatures de l’histoire, les liens entre passé et présent, l’esprit de subversion. Ce sont explorées ici toutes les convulsions de l’existence, qu’elles soient vécues dans le clos étroit de la famille, l’amour de la patrie et son éloignement, les identités à chercher et à retrouver, le scepticisme, le masque que chacun porte et qui dissimule son authenticité, le destin qui frappe en aveugle.

 

A cet égard, rappelons celui d’Ödön von Horváth, proprement incroyable, qui fut tué par la chute d’une branche d’arbre, devant le théâtre de Marigny, à l’âge de 36 ans. Sur la plaque apposée sur le lieu même, on peut lire :  

Et les gens vont dire
Que dans un lointain avenir
On saura discerner
Le faux et le vrai

Que le faux disparaîtra
Alors qu'il est au pouvoir,
Que le vrai adviendra
Alors qu'il est au mouroir

 

Cet ensemble d’ouvrages permet de découvrir ou redécouvrir des textes majeurs du théâtre. Mais ces lignes n’ont pas pour propos de présenter ou de commenter les pièces de ces auteurs renommés ni de juger ces ouvrages. Elles ne sauraient y prétendre car les auteurs de ces livres sont des spécialistes, ils connaissent de l’intérieur les existences des écrivains, ils en ont précisément étudié les ressorts intimes qui les ont conduits à écrire ces textes, ils les expliquent et les analysent de manière pertinente.

Le présent propos est seulement d’inviter le lecteur à entrer à son tour dans ces univers parfois étranges, parfois plus familiers. Une série de petits livres nouveaux qui trouvent naturellement leur place dans la déjà longue collection intitulée « Le théâtre de », où sont parus une pluralité d’auteurs aussi divers qu’universels comme Musset, Aimé Césaire, Tennessee Williams, Eschyle, Anton Tchekhov…Après les avoir refermés, le lecteur de ces ouvrages aura, il faut le souhaiter, le désir d’aller s’aventurer peu à peu dans ces contrées captivants pour l’atmosphère qui s’y déploie.     

 

Dominique Vergnon

Les théâtres de Luigi Pirandello par Pierre Lepori, Ödön von Horváth par René Zahnd, Max Frisch par Isabelle Barbéris, Henrik Ibsen par Florence Fix, éditions Ides et Calendes octobre 2020, chaque volume 120 x 190, 124 p.-, 10 euros

 

 

 

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