Entretien avec les Boloss des Belles Lettres

Deux amis s'évertuent à transgresser la littérature classique en lui donnant un coup de frais. En résumant des grands textes avec un langage pour le moins châtié, toujours beaucoup d'humour et une oralité très moderne et très fructueuse, ils prouvent non seulement qu'ils ont saisi le sens profond de ces oeuvres mais qu'ils savent, chose rare de nos jours, s'en amuser, et tentent même de les rendre plus accessibles. Après le succès colossal du site Internet des Boloss, voici le livre ! accrochez-vous, on dépoussière les vieux manuels scolaires et on rencontre Quentin Leclerc et Michel Pimpant !


Pourquoi un livre qui reprend les résumés disponibles sur le net ?

Il y a donc 50 résumés dans le recueil, dont 9 inédits, pour justement donner un peu de contenu neuf à ce livre et proposer des choses jamais vues sur le site à nos lecteurs les plus assidus. On a repris les résumés disponibles sur le net parce qu’on estimait que leur donner un corps de papier avait pour intérêt d’être plus confortable à la lecture (qui est une chose importante tant nos textes peuvent paraître obscurs pour certains) mais aussi de donner une visibilité plus large : on a certes déjà 11000 fans sur Facebook, mais ça reste en fait très peu comparé à un futur lectorat possible. Comme on publie à un rythme assez soutenu, ça permet aussi de revenir sur certaines résumés qui seraient peut-être passées à la trappe. La lecture sur écran n’étant pas encore totalement au goût du jour, avec un livre, on avait une marge de grosses barres à donner qui était potentiellement beaucoup plus importante.

Avez-vous une idée du public de votre ouvrage, les boloss ou les bobos ?

Le spectre est extrêmement large : ça va de l’élève de 4e complètement écoeuré par les textes classiques qu’on lui propose au collège, au sexagénaire plutôt littéraire qui y voit un décalage intéressant (sans pour autant saisir toutes les références). On n’est pas dans la case "boloss", ni "bobos", on touche surtout les personnes de 16 à 25, parce qu’elles saisissent le mieux toutes les références, tout en ayant une idée vague de la plupart des oeuvres (ce qui est tout aussi important pour trouver les textes drôles). Nos lecteurs arrivent à nos résumés par plusieurs biais (le langage, les références, le décalage, la connaissance minutieuse des oeuvres, etc.) et du coup ça permet beaucoup d’entrées et de publics différents.

Avez-vous tester vos textes sur des waloufs pur-beurre ? Quelles sont les réactions ?

Non, jamais vraiment. Mais de ce qu’on peut voir par exemple sur Twitter, ça a l’air de plutôt bien prendre. Après, il ne faut pas oublier que ce qu’on écrit est une caricature, un exercice de style, et qu’elle ne correspond qu’en partie à une réalité. Que les "waloufs" ne s’y reconnaissent pas ne serait donc pas si étrange. D’autant plus qu’on estime que nos textes vont réellement au-delà du "langage banlieue" (expression qui n'a d'ailleurs à nos yeux plus trop de sens...), qui n’est qu’un pan de l’exercice.

Vos chroniques ont-elles servi à ce qu'un étranger au monde des livres s'y ouvre ?

On n’en a encore une fois aucune idée, mais on ne pense pas. C’est extrêmement difficile d’amener quelqu’un à lire, encore plus un "classique", que sans un réel travail d’approche en amont, la différence entre notre résumé et le texte lui-même serait trop abrupte, et beaucoup seraient déstabilisés par cette rupture. Nous on fait ça réellement pour se marrer, et on n’a pas d’ambition autre. Je crois qu’on remplit plutôt bien notre rôle de ce côté là, et ça peut servir à faire une approche, une percée (d’ailleurs certains professeurs nous disent utiliser nos textes en cours), mais de là à donner le goût de lire, la marge est immense.

En dehors de la partie très ludique (et très réussie) vos "traductions" s'appuient-elles sur un matériel ethnographique et sociologique fondé sur une longue immersion ?

Pas vraiment, parce qu’on ne baigne pas dans ce milieu. On se nourrit beaucoup d’internet, et de ce qu’on peut entendre autour de nous (dans les transports en commun notamment). Mais internet a amené une vraie culture du détournement, et du côtoiement, si bien que certaines expressions sont réutilisées et détournées par nous. Comme on le disait plus haut, nos textes ne sont pas vraiment du "langage de banlieue", donc on est juste attentifs à la société contemporaine aussi bien dans ce qu’elle présente (pour les références) que dans la façon dont elle s’exprime (pour le langage), et ça permet, en mélangeant tout ça, de se taper de bonnes petites barres de rire comme on les aime.


Propos recueillis par Loïc Di Stefano


Quentin Leclerc, Michel Pimpant, Les Boloss des Belles Lettres, La littérature pour tous les waloufs, J'ai lu, août 2013, 13 eur

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