Stéphanie Janicot : "Depuis cinq années que je suis plongée dans les méandres du temps"


Stéphanie Janicot, est une femme habitée, une femme en quête de sens, une romancière exigeante pour qui la liberté n’existe pas sans culture, sans connaissance de l’Histoire. Sa trilogie dont le premier tome paraît le 7 novembre est un voyage dans le passé. Une remontée dans le temps d’une ampleur rarement vue, de l’époque des pharaons jusqu’à nos jours. En gros, l’histoire du Proche Orient et de la Méditerranée. Le fil rouge est Mérit, une jeune fille de dix-huit ans, qui fuit l’Egypte et se réfugie en Judée. A la tête d’une lignée, Mérit traversera miraculeusement le monde si passionnant des grecs. Elle rencontrera Socrate, Platon et Aristote et assistera, plus tard, à la naissance du judaïsme. Elle sera notre guide, notre lumière dans cette fresque romanesque passionnante dont sort ébloui et plus intelligent.

 

Quel était votre projet, à l’origine de cette trilogie romanesque?

Un profond désir d'explorer les sources de notre pensée occidentale contemporaine, de répondre à la question : « Pourquoi je pense comme je pense ? » à travers l'accumulation des pensées collectives qui la composent. C'était une manière d'aller à contre-courant des théories individualistes, du tout psychanalytique. Je suis partie du principe que ma pensée n'était pas originale, mais au contraire le fruit de nombreux siècles.

 

Comment est né le personnage de Merit ? Qu’incarne-t-elle ?

Pour traverser ces siècles de manière subjective et simple, il me fallait un personnage unique racontant son histoire à la première personne. Merit est triple, elle est un personnage romanesque, elle est l'allégorie de la pensée occidentale (elle évolue avec les époques et les découvertes), elle est ma propre incarnation puisque je lui ai donné un certain nombre de mes caractéristiques : elle est femme et mère.

 

A travers elle, voulez-vous revisiter l’histoire en donnant aux femmes leur rôle et leur pouvoir d’influence dans la pensée ?

Je ne me suis pas vraiment donnée pour mission de rétablir le rôle des femmes mais plutôt de comprendre comment nous avons été rejetées de l'Histoire. En remontant le temps depuis l'Egypte ancienne, en suivant toutes les époques, sans en omettre, afin de bien voir les liens, la manière dont les hommes se sont appropriés le monde m'est apparu très clairement. En excluant les femmes de l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, ils ont pris le pouvoir sur les religions (lesquelles écrasent les femmes), sur les lois et par la suite, sur l'Histoire telle qu'elle a pu être contée. Dans cette Histoire, les femmes ne comptent qu'en tant que mères (de fils célèbres évidemment).

 

Un de vos thèmes romanesques favoris est la transmission en particulier mère fille ? Est-elle plus forte que celle qui se fait à travers les pères et leurs fils ?

La transmission père fils est sans doute aussi forte, mais elle n'est pas de mon ressort. J'ai eu une mère et une fille. Je ne parle que de ce que je connais.

 

Quel est le fil conducteur, l’idée majeure de cette œuvre ambitieuse ?

Le regard de Merit, son évolution, sa quête de sens, car elle cherche avec les hommes de chaque époque des réponses aux questions qu'elle se pose : Qui est Dieu ? Existe-t-il vraiment ? Où vont nos morts ? Comment trouver le bonheur ? Ou tout du moins l'apaisement ? Allons-nous vers le progrès ? Qu'est-ce qui vaut la peine de vivre ?

 

Au fil du travail, votre réflexion concernant l’évolution de la pensée et de la religion à travers les siècles a-t-elle évolué ? Dans quel sens ?

J'ai été frappée de la grande logique avec laquelle les événements se succèdent, les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce qui donne l'impression que l'Histoire est cyclique. La manière dont les empires naissent, croissent et meurent est invariablement la même. Il me semble que si nous en étions plus conscients, certaines erreurs ne seraient pas répétées. Depuis plusieurs siècles, l'Occident domine le monde par sa pensée, son modèle politique ou économique, sa culture. Mais de moins en moins. Si nous continuons sur notre lancée, comme les Egyptiens, comme les Assyriens, les Babyloniens, les Perses ou les Grecs, nous sommes voués à disparaître.

 

Avez-vous la nostalgie d’une époque ?

J'aime la nôtre et peut-être plus encore le futur. Comme dit Woody Allen : « J'aime tellement l'avenir que c'est là que j'ai l'intention de passer mes prochaines années ».

 

Avez-vous eu le sentiment de remonter le temps ?

Terriblement. Depuis cinq années que je suis plongée dans les méandres du temps, j'ai vraiment l'impression d'avoir vécu en Egypte, en Israël, en Grèce, à Alexandrie, puis à Rome, en Gaule, en Bretagne... et d'avoir partagé le quotidien des peuples de ces civilisations anciennes. J'ai eu du mal à quitter la Grèce ou Rome…

 

Cette expérience vous a-t-elle grandi ? Qu’en avez-vous tiré ? De la force ? Des enseignements ? Une sagesse ?

C'est ce que j'en espérais. Aujourd'hui, je ne sais pas si j'ai acquis une plus grande conscience ou une plus grande sagesse. Peut-être seulement une vision plus large des questions actuelles.

 

Comment avez-vous travaillé ? En historienne ou plutôt en romancière ?

En romancière. Mais l'Histoire n'est pas une toile de fond, c'est un personnage puisqu'elle évolue, elle accélère, elle ralentit, elle se cherche. Mon travail était de rendre cette Histoire vivante, incarnée, mais aussi précise et sans erreurs !

 

Quelles sont les recherches que vous avez effectuées ?

Ça dépend des périodes. Pour l'histoire hébraïque, celle pour laquelle il y a encore des zones d'ombres, je me suis plongée dans les dernières recherches archéologiques. Travaillant à Bayard éditions, j'ai eu accès à des spécialistes qui travaillent autour de la Bible, de l'écriture de la Bible, de ses liens avec l'Egypte notamment. Pour la Grèce, j'ai préféré relire des textes philosophiques. J'ai retrouvé dans des bibliothèques des fragments d'Empédocle, des anthologies de textes que les Stoïciens ou Plutarque ont écrit sur les hommes illustres et leurs pensées. Et puis Platon ou Lucrèce sur Epicure. J'avais envie de revenir aux sources plutôt que de lire une histoire de la philosophie. J'essayais de me mettre dans la peau de l'héroïne qui découvre ces pensées mais ne dispose pas encore des outils pour les mettre en perspective.

 

Propos recueillis par Emmanuelle de Boysson (octobre 2013)

 

Stéphanie Janicot, La mémoire du monde, Albin Michel, octobre 2013, 576 pages, 25 €

11 commentaires

Si c'est aussi mauvais, tendancieux et dans la même veine du "Que tous nous veuille absoudre", il faudra vite jeter ce livre aux oubliettes...

anonymous

Aussi peu de talent que Marc  Levy sans en avoir les chiffres de vente! C'est la double peine pour cette pauvre écrivaillone spécialisée dans la  littérature de gare ! 

anonymous

On nous annonce une trilogie ! Mais qu'avons nous fait à cette pseudo auteur sans talent pour mériter ça? La vie est suffisamment dure sans qu'on est en plus besoin de subir des démangeaisons éruptives avec un tel excema littéraire

anonymous

elle dit avoir voyage dans les méandres du temps dommage qu 'elle ne soit pas tombée dans une faille spatio -temporelle ! Ça nous aurait évité encore  un livre inutile et la littérature s'en serait mieux portee

anonymous

la vie est déjà  bien trop courte  pour lire  tous les bons livres et les vrais écrivains....donc  faites nous gagnez du temps rendez   nous service arrêtez d'ecrire!

Que d'animosité ! Je suis toujours surprise de ça. Si vous n'aimez pas ce qu'elle écrit, ne la lisez pas. Ce n'est pas nécessaire de lui jeter des pierres. N'avez-vous rien de plus constructif à faire de votre temps ? 

Il est vrai que nous sommes plus proches ici de la lapidation que de la critique, mais l’animosité ne s’exerce jamais aussi bien que sous couvert d’anonymat, à l’abri d’un pare-brise ou d’un écran d’ordinateur… 

Moi j'ai lu le livre et c'est vraiment bien j'attend la suite avec impatience mais quand sort le prochain tome svp?

Je l'ai aimé ce premier tome. On devine le travail de recherche qui a été nécessaire,  ce n'est peut être pas de la grande littérature, mais j'y ai trouvé ce que je cherchais : passer un très bon moment. Je lirai les suivants avec plaisir.

Anonymous fait bien de rester anonyme .Quand on écrit aussi mal comment peut on se permettre de critiquer l'écriture des autres ?

Le livre 1 m'a enchantée , je craignais , à tort, que le 2 ne soit de la même valeur . Les rivages de la Méditerranée occidentale lui réussissent tout aussi bien.
Toutes mes félicitations .