Et à la fin il n'en restera : entretien avec Jean-Luc Luciani

A l'occasion de la publication dans la collection "Rageot Thriller" de son polar d'anticipation Et à la fin il n'en restera qu'un, rencontre avec Jean-Luc Luciani, qui met dans son écriture beaucoup d'énergie et nous propose une critique de la télé-réalité dont les délires les plus glauques pourraient bien être la triste réalité de demain. 



Votre roman a été initialement publié en deux volumes en 2006. A-t-il été remanié pour cette reprise dans la collection "Rageot Thriller" ?


Très légèrement. Quelques retouches du style la mer est remplie de méduses alors qu'elle était juste polluée avant. On a aussi reculé les dates de vingt ans et renommé tous les concurrents avec des prénoms plus simples et très actuels. A l'origine, chaque concurrent avait un nom et un prénom très complexe, impossible à se souvenir une fois le livre terminé, je voulais que le lecteur éprouve la même sensation que le téléspectateur qui une fois fois la saison de l'émission de télé-réalité  terminée oublie très rapidement le nom des concurrents.


La référence avouée de votre roman est le roman d'Agatha Chritsies Dix petits nègres. Mais votre roman semble aussi très proche du Prix du danger voire d'Enfer vertical en approche rapide de Serge Brussolo. D'autres sources d'inspiration ?


Je ne connais pas le livre de Serge Brussolo, mais bien entendu Le prix du danger et son remake US, 1984... ont été des sources d'inspiration, mais en fait le véritable déclencheur a été ce débarquement des émissions de télé réalité et cette fascination qu'elles ont immédiatement suscité chez les plus jeunes (j'étais encore prof à l'époque)


Et depuis la télé réalité continue de  produire son lot de plus en plus peu vertueux...


Effectivement et ce n'est pas prêt de s'arrêter puisque la recherche de sensationnel pousse les producteurs à tous les excés. on a vu apparaître les premiers morts cette année (Kho lanta...) et ça ne va pas s'arrêter là.


Ce genre "survival" a beaucoup de succès. Entre Hunger Games par exemple et les mangas  King's Game, Doubt, Judge, que pensez-vous apporter de différent ?


Je ne sais pas si je parviens à apporter quelque chose de différent, mais mon histoire ne se contente pas de suivre les candidats,, on passe également de l'autre côté du miroir.  On est sans cesse dans l'inter action, ce qui se passe en coulisse est aussi (voire plus) important que ce qu'on nous donne à voir.


Votre roman est une critique du décervelage médiatique mais aussi d'une certaine politique. Quel message voulez-vous transmettre ?


J'évite de trop imposer les messages (même si bien sûr il y en a), pour moi ce qui prime d'abord, c'est l'histoire. Je dis aussi que je n'écris pas pour la jeunesse mais pour les adultes de demain. Je me sens investi d'une certaine responsabilité. Si ce livre permettrait à certains jeunes de moins être "premier degré" avec ce genre d'émissions et d'acquérir un regard critique, mon but serait atteint.


Vous savez bien que le passage par l'art met une barrière entre le réel et la prise de conscience. Nombre d'Américains qui avaient pleuré à la représentation théâtrale de la Case de l'oncle Tom à l'époque ne s'en retournaient pas moins frapper leurs esclaves en sortant... 


C'est certain, mais pour beaucoup de gens, et les parents en particulier, le livre demeure un sanctuaire. Ce qui est écrit a plus d'impact que ce qui est montré...

 


Votre ville de Marseille est au centre du roman. Vous en faites une ville libre d'hommes libres et différents. "Les Marseillais ont toujours eu horreur du pouvoir centrale, c'est comme une seconde nature chez eux." Un message toujours d'actualité ?


Oui, j'ai l'impression. Marseille est une ville rebelle dans l'âme, il suffit d'y vivre pour s'en rendre compte. Et ses habitants assez hostiles au pouvoir et aux directives venant de la capitale.


Comment votre roman a-t-il été reçu dans "sa" ville ?

Il ne faut pas sur estimer l'arrivée d'un si petit roman dans une ville comme Marseille qui a d'autres chats à fouetter (surtout en ce moment et avec les élections municipales qui se profilent à l'horizon en particulier). Ceci dit cela fait plus de 15 ans que mes livres parlent de Marseille. Je situe la plupart de mes histoires à l'intérieur de ma ville de naissance, elle n'est pas simplement un décor pour moi, mais bel et bien un personnage qui évolue au fil du temps. Il y a une quinzaine d'années, avec quelques cinglés, on avait rêvé d'une république libre du Frioul..

http://republiquelibre.free.fr/



Propos recueillis par Loïc Di Stefano


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