Interview Leah Magnin : « L’important est de renoncer aux rêves du prince charmant »


Dans un roman décapant, insolent et facétieux, Leah Magnin nous invite à vivre les aventures et les déconvenues amoureuses de quatre parisiennes inséparables, au tournant de la quarantaine, prétexte à un regard plein d’humour mais sans concessions sur cette époque merveilleuse qui est la nôtre…

 

Leah Magnin, on vous connaît plutôt comme auteur de romans historiques que vous publiez sous votre vrai nom, Emmanuelle Friedmann, alors pourquoi ce « pas de côté » ? Pourquoi Le choix des filles ?

Je suis passionnée d’histoire et c’est avec un immense plaisir que j’essaie à chaque fois, de recréer, grâce à des personnages imaginaires, un univers disparu, le marché des Halles de Paris et ses Pavillons Baltard pour Le Rêveur des Halles et la première chocolaterie industrielle pour La Dynastie des Chevallier. Je travaille d’ailleurs actuellement sur mon prochain roman historique, qui aura pour décor la Bretagne.

Mais, je suis également journaliste et entre ces grandes épopées romanesques, j’apprécie d’écrire sur des sujets d’actualité, comme le travail pour Tu m’envoies un mail ? ou la difficulté de trouver un appartement dans Trouver1logment.com.

Pour ce dernier roman, Le Choix des filles, l’idée était d’évoquer le sujet très contemporain, du célibat des hommes mais surtout des filles, qui à partir d’un certain âge, peut se transformer en désespoir. Mais je voulais montrer justement qu’il n’y a pas de fatalité. L’important est de renoncer aux rêves du prince charmant, d’accepter la mutation que connaît la société. Et qu’il est toujours possible d’être heureux(ses), il faut seulement accepter que le bonheur soit un peu différent de celui que l’on avait imaginé.

 

A défaut de roman historique, je parlerais en l’espèce de roman sociologique car, derrière la truculence de l’histoire, vous dites beaucoup de choses sur l’époque et le rapport amoureux contemporain. Etait-ce votre objectif : faire un état des lieux, plein d’humour mais réaliste sur la question ?

L’idée était d’écrire un roman contemporain, réaliste sur l’époque actuelle, mais qui soit aussi amusant à lire. Or l’une des obsessions contemporaines, c’est pour une majorité d’hommes et de femmes, dans les grandes villes, de sortir de la solitude. Et tout cela est d’autant plus surprenant que ce sont, dans leur majorité, des gens absolument supers, qui ont un boulot intéressant, plein d’amis, des passions mais qui ont du mal à transformer la partie « amoureuse » de leur vie. Je trouvais intéressant, d’évoquer ce fiasco des sentiments, cette peur du célibat. J’ai donc questionné mes amis(es) qui sont célibataires et je leur ai demandé de me raconter comment ils vivaient cette solitude. Comment ils se projetaient dans l’avenir, ce qui les fait souffrir, la façon dont ils cherchent à rencontrer quelqu’un. Ensuite, j’ai choisi de prendre le parti des filles parce que pour elles en plus, il y a, à partir de 35 ans, une urgence, liée au désir d’enfant que les garçons n’ont pas à gérer.

 

Finalement, ces quatre jeunes femmes renoncent à trouver « le grand amour ». En fait, tout simplement, elles mûrissent et finissent par abandonner le concept adolescent du Prince Charmant pour accepter les compromis de la « vraie vie ». Qu’en pensez-vous ?

On raconte aux filles, depuis qu’elles sont petites, des histoires de Princes Charmants et de contes de fées, alors pour beaucoup, elles ont du mal à se défaire de cette idée irréaliste que tout va finir par arriver comme elles l’avaient rêvé depuis l’enfance. Or, la société et la vie ont beaucoup changé. Les femmes travaillent, s’assument, refusent les contraintes. De leurs côtés, les hommes sont un peu déstabilisés. On leur demande d’être masculins sans être machos, de se montrer sensibles tout en étant capables d’assurer ce que faisaient nos pères. Les différences entre les sexes s’estompent et tout le monde a du mal à s’y retrouver. Et puis, les sites de rencontres, les « speed dating », tous ces trucs organisés et commerciaux, n’incitent à aucun moment à faire l’effort de rencontrer vraiment quelqu’un, de lui laisser un peu de temps, de prendre le temps de se connaître. Les gens zappent immédiatement, ils se disent qu’ils pourront trouver mieux… Ils  se concentrent sur des critères, comme les études, la réussite, la culture en oubliant que l’amour c’est avant tout de l’alchimie !

Et effectivement, dans Le Choix des Filles, la vie de Lisa, Apolline, Elodie et Hannah change au moment, où elles comprennent qu’il va falloir trouver un compromis entre leurs rêves et la réalité de ce que la vie leur propose. L’une va avoir un bébé toute seule, une autre va accepter de vivre avec un homme qui est déjà père, la troisième va renoncer à un couple qui n’est idéal que sur le papier, et la quatrième va surprendre tout le monde !

 

Je voudrais parler de vos dialogues. Ils sont drôles et justes. Je parierais que vous prenez des notes dans vos propres « dîners de filles »…

Merci ! C’est vrai que j’ai pris pas mal de notes, lorsque j’étais avec mes amies mais aussi parfois dans le métro, dans les cafés, dans la rue. La façon dont les femmes racontent leurs histoires est souvent très cocasse. Elles ont à la fois de l’humour et du recul sur ce qu’elles vivent et j’avais envie de retranscrire comment des situations parfois dramatiques peuvent avoir un côté comique.

 

On verrait bien une adaptation télévisuelle de votre roman. Les aventures de vos héroïnes pourraient faire l’objet d’une série. Est-ce que vous y songez ?

J’aimerais beaucoup. Je suis moi-même une grande amatrice de série télé (de Six feet Under à Hatufim en passant par Homeland ou Borgen) ! Lorsque j’ai créé ces quatre héroïnes, je les ai tout de suite imaginées en train de vivre et de déambuler dans la capitale, de ressentir leurs émotions, leurs atermoiements, leurs déceptions. Je sais que le livre est en lecture dans une maison de production mais je suis disponible pour discuter de toutes propositions (rire).

 

Propos recueillis par Cécilia Dutter (novembre 2013)

 

Leah Magnin, Le Choix des filles, Denoël, octobre 2013, 278 pages, 18,50 euros

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