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Interview. Élise Fischer, Le jardin de Pétronille : "Un roman nourri de vie vraie mais suffisamment distancié"

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Le nouveau roman d’Élise Fischer nous plonge dans la période de l’Occupation, à Nancy, où Jeannette, l’héroïne, dirige une brasserie qui deviendra le lieu stratégique de la résistance...

Un roman empreint d’humanisme, d’une grande justesse, retraçant les années noires que la France a traversées, tout particulièrement dans cette région frontalière au statut singulier.

 

Ce livre est une reconstitution de la période d'occupation de la Lorraine, en quoi était-ce une nécessité pour vous de revenir sur cette époque ?

Pour être heureux dans une région, il faut en connaître son histoire, disait Jeanne, ma chère maman. Peu de personnes connaissent le statut qui fut celui de Nancy pendant ces années d’Occupation. Nancy est proche de Metz. Metz était redevenue allemande entre 1940 et 1945. Nancy avait été déclarée « zone réservée », un statut différent du reste de la France occupée. Les Nancéiens ne se faisaient aucune illusion. Ils savaient ce que le Reich avait prévu pour eux et pour l’ensemble du département… Nancy serait d’abord une colonie allemande qui serait ensuite rattachée au Land mosellan et alsacien.

 

La narratrice, Jeannette, raconte d'une manière extrêmement vivante et précise la vie à Nancy pour les habitants de cette époque. C'est une rebelle, éprise de liberté, qui préfigure le mouvement féministe d'après-guerre, était-ce pour vous une façon de montrer qu'en région, les femmes étaient tout aussi très modernes que celles de la capitale ?

Ah oui, bien sûr ! Les femmes ont réalisé des prouesses pour subvenir aux besoins des familles. Elles ont œuvré, rendu des services à la Résistance. Elles ont eu de l’imagination pour être à la mode. Le système débrouille a fonctionné. Elles étaient imaginatives, créatrices aussi.

 

Les rapports de Mariette, l'Alsacienne, enrôlée par les Allemands comme traductrice, et de Franz, l'Allemand mobilisé par la Wehrmacht mais opposé à cette guerre qu’on le contraint de faire, sont très intéressants. Elle refuse de vivre cet amour par patriotisme. Et il le comprend. En revanche, l'amour de Jeannette et Karl, gradé Allemand qui aide clandestinement les Lorrains, sera lumineux. Vous importait-il de montrer cette touche d'humanité chez l’ennemi dans cette région frontalière?

Mariette, c’est ma mère… qui a vécu une histoire d’amour pas accomplie avec un pasteur allemand, le jeune Frantz. Elle m’a révélé ce secret, qui l’a poursuivie durant toute sa vie, sur son lit de mort. Elle ne s’est pas autorisée à l’aimer par patriotisme comme vous le soulignez, mais aussi parce qu’il était protestant et qu’elle était catholique. Protestant de Dresde, ville brûlée par les Alliés. Le Concile Vatican II aura lieu beaucoup plus tard et permettra les mariages entre protestants et catholiques. Pour Karl, oui, j’ai voulu montrer cette touche d’humanité, comme j’ai aimé souligner qu’il était originaire de Tübingen et avait fréquenté cette université au passé glorieux du point de vue l’Humanisme. L’histoire de l’origine de la chanson « J’avais un camarade » créée à Tübingen et qu’on chante dans toutes les armées du monde avait sa place au Jardin de Pétronille.

 

Vous faites assez souvent des références à d'autres livres que vous avez publiés, Le jardin de Pétronille est-il une suite des précédents ?

Oui, il est une suite de Villa Sourire, et de l’Étrange destin de Marie. On y retrouve Philippe, le pharmacien de Nancy, puis Marie comme Jeannette sont ses filles adoptives. J’ai le projet – mais serai-je soutenue ? – de raconter un siècle de l’histoire de Nancy et sa région à travers le destin d’une famille, les Delaumont. Pour cela il faut pouvoir lire ces ouvrages dans le désordre. Les éditeurs n’aiment pas les suites… Ils disent que les lectrices et lecteurs ne sont pas fidèles. Je crois qu’ils se trompent… Mais chut…

 

Vous évoquez de nombreux personnages, tous très attachants, on a le sentiment qu'ils ont réellement existé, est-ce une adaptation de mémoires autobiographiques glanées autour de vous ?

J’ai en partie répondu à votre question. Maman, née en 1922, m’a nourrie de son lait, mais pas seulement. Elle a eu une vie extraordinaire… Une vie comme un roman. Son père aussi. L’épisode de la prison à Charles III, les trains qui déraillent, la valise brune que l’on brûle, le gamin qui joue à chanter faux « Maréchal nous voilà »… mais gagne à un concours de chant, c’est vrai… Mes tantes, mes cousines plus âgées aussi ont su aussi m’ouvrir la porte de leur mémoire. Cela dit, cet ouvrage est aussi un roman, un roman nourri de vie vraie mais suffisamment distancié, recréé. Du moins, je l’espère.

 

Propos recueillis par Cécilia Dutter, (juin 2016)

© photo : F. Marvaux

 

Élise Fischer, Le jardin de Pétronille, Calmann-Levy, mai 2016, 348 pages, 20,50 euros

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