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Interview. Pierre Pelot : "Je suis un écrivain ; c’est la seule chose dont je suis certain"

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Les Presses de la Cité viennent de republier un pur chef d’œuvre de Pierre Pelot, l’écrivain aux 200 romans : C’est ainsi que les hommes vivent ?

EN 1999, un écrivain, revient dans son village natal vosgien à la recherche de fragments de sa mémoire, perdue à la suite d'un étrange accident. Dans ce même village, au XVIIe siècle, Dolat apprend le secret de ses origines : il est le fils d'une paysanne brûlée vive pour sorcellerie. Amoureux fou, pour son plus grand malheur, de la noble dame Apolline, le jeune homme doit fuir avec elle et sombre bientôt dans l'enfer de la guerre de Trente Ans. Par la magie de l’écriture et de la création littéraire, Pierre Pelot permet à ces deux personnages de croiser leurs chemins…

 

 

— D’abord…

D’abord, d’abord… c’est une chanson de Brel qui commence ainsi. D’abord y a l’aîné, lui qui est comme un melon… Ces gens-là. C’est le titre… D’abord, donc, je me demande bien pourquoi me poser tous ces questionnements. Ce sont des questions en général pour un écrivain, ça. Pour l’idée qu’on se fait d’un tel. C’est pas mon idée à moi. Je veux dire que je ne me sens pas correspondre à cette idée qu’on se fait du bonhomme écrivain. J’en ai vu plein et beaucoup, je me sentais pas dans le moule. Alors voilà qui me fait drôle d’être considéré (au sens vu) comme tel. Mais avec un peu de bonne volonté, ce dont je ne manque pas, je vais m’y faire. À cheval !

 

— D’où vous est venue l’idée, l’envie, d’écrire cette somme qui vient d’être rééditée : C’est ainsi que les hommes vivent ?

Comme toutes les idées. Je ne sais pas. Un jour c’est là. A portée de main. Avant ça tourniquait dans les parages, sans doute, mais discrètement, ça ne se découvre pas comme ça. Un pas en avant, un pas en arrière. Ça vous renifle… Les odeurs amies et les repoussantes. Faire le tri. J’ai eu envie d’écrire ces gens-là, ces gens dont je voyais la descendance autour de moi, dont j’étais, les gens de ce temps-là qui ont vécu une vie de merde en enfer toute leur vie, on n’a qu’une vie, la bouse de la naissance à la mort, et la mort qui venait parfois bien vite. Cette époque. Les gens d’une vallée perdue au fond d’un trou du cul du monde, manipulés par des seigneurs et des ordonnateurs dans les cases du dessus du tableau, des cases auxquelles ils n’ont rien compris. On leur a donné des semblants d’explications badigeonnées de religion pour qu’ils ne se sentent pas trop idiots. Ça n’a pas totalement changé. Les gens de maintenant gobent les mêmes mouches à merde quand ils écoutent la Jeanne d’Arc Le Pen du pauvre déblatérer, Fillon sans peur et sans reproche en cote de mailles pour cacher ses accrocs, toute la bande. Finalement. J’ai voulu raconter ces pauvres gens dupés qui ont dansé en enfer avant leur heure.

 

— Ce livre est né après une longue période de jachère, de sécheresse littéraire. Qu’est-ce qui vous a redonné le goût d’écrire ? Un trop-plein de mots… ?

Je ne sais plus s’il y a eu jachère. Je ne me souviens plus. J’ai la mémoire qui flanche… Je me rappelle avoir trébuché sérieux à un moment, le cœur en bandoulière qui s’est offert quelques ratés. Ça devait être ça. Je me souviens, mais mal, en rentrant de l’hôpital, que je m‘étais dit « autant regarder tomber la neige », tiens. Comme un chat sur la fenêtre, en hiver. Alors jachère, sécheresse… et puis un jour il s’est remis à pleuvoir.

 

— Dans tout roman, il y a le sujet apparent et le sujet profond. Quel est le sujet profond de cette somme, le message ?

Ce n’est pas à moi de le dire. Ou plutôt je viens de le dire. Je ne vois pas mieux. Et puis, de toute façon, écrit-on un roman pour délivrer un message ? Certains, certaines, le font sans doute. Pas moi, je ne crois pas. Je ne suis pas assez mariole pour ça. Je raconte des histoires. Elles sont intrinsèquement le message. Cherchez vous-même. Parce qu’au fond, si on ne le perçoit pas, s’il faut qu’en plus de l’avoir, si l’auteur donne les clefs du manoir, à quoi ça sert d’être lecteur ? C’est là qu’il est le plaisir partagé entre l’auteur et le liseur. Non ? Sinon il y en a un qui fait le boulot de l’autre. Alors basta.

 

— L’amnésie est un des sujets du roman. Avez-vous peur de devenir amnésique, de perdre petit à petit la mémoire ? Écrivez-vous pour ne rien oublier ?

L’amnésie passe dans le roman. Je n’ai pas peur, non, ça ne m’était pas venu à l’idée, tiens. C’est malin. Maintenant je vais avoir la trouille. Le cannibalisme et la guerre et l’hérésie aussi sont des sujets du roman…

 

— Vous vous définissez comme un raconteur d’histoires. Êtes-vous également un écrivain de terroir ?

Non. Je suis un écrivain. J’ai écrit des polars, des romans de science-fiction, de fantastique, de westerns… des nouvelles, des scénarios, du théâtre… et je ne suis pas un écrivain de science-fiction, de polars, de westerns, etc. Je suis un écrivain ; c’est la seule chose dont je suis certain.

 

— Vous avez publié plus de deux cents ouvrages sur des thèmes très différents, adoptant plusieurs genres littéraires. En général, quelles sont vos sources d’inspiration ?

J’y réponds précédemment. Cela dépend du moment… Ça peut être une conversation, une musique, une chanson… un bout de film. J’ai écrit Les Normales saisonnières à cause de la chanson de Souchon : « Le Baiser ».

 

— Rédigez-vous un plan à l’avance ou laissez-vous courir vos doigts sur le clavier ?

Manquerait plus qu’ils courent, tiens ! Non. Un plan, un plan, et un plan. Et puis un plan. Je connais tout de l’histoire quand « j’attaque », je connais tout des personnages. Il ne me reste plus qu’à écrire.

 

— Êtes-vous un grand lecteur ? Quels sont les livres qui vous ont façonné, fabriqué ? Et quels sont ceux qui vous accompagnent aujourd’hui ?

Je suis un grand lecteur d’auteurs américains. Faulkner, Steinbeck, tous les écrivains du Sud, Caldwell, Carson McCulers, etc. Encore des Américains. Robert Penn Warren. Joseph Boyden – magistral. Jame Carole Blake, James Lee Burke, William Styron, Daniell Woodrell…

 

— Qui trouve-t-on dans votre bibliothèque ?

Les sus-cités. Et d’autres. Et les albums de Spirou et Fantasio, et des BD telles que Magasin Général, un chef d’œuvre, et des livres et des livres. Et des livres. Des dictionnaires aussi. Des vieux.

 

— Vous souvenez-vous de la première phrase que vous avez écrite et du moment où vous avez eu envie de devenir écrivain ? Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ?

La première phrase… alors là, non. Ce devait être une phrase dans un cahier d’écolier, de « rédaction », parce que déjà là je tartinais deux pages quand on m’en demandait une. Déjà… Ce qui m’a poussé, c’est moi… et l’envie d’écrire des histoires que j’aimerais lire.

 

— L’écriture est-elle chez vous une seconde peau ? Êtes-vous constamment en éveil ? Prenez-vous beaucoup de notes ? Vous astreignez-vous à une régularité ?

Oui à tout. Sauf pour les notes. Sauf que ce n’est pas s’astreindre : c’est ainsi. Ça coule de source. Ou alors je l’astreins à une normalité…

 

— Quel est votre rapport à la réalité ?

Laquelle ? Il y a des milliards de réalités. Je viens de terminer un bouquin là-dessus, qui s’appelle Oregon. Mon rapport avec celle qui me cerne est assez conflictuel.

 

— Que vous apporte l’écriture ?

Ma réalité.

 

— Quelle est et quelle devrait être la place de l’écrivain dans la société actuelle ?

Joker.

 

— Finalement, à quoi sert la littérature ?

Au plaisir. Au plaisir de celui qui la pratique côté construction du mur, plaisir de celui qui regarde le mur fait. C’est aussi simple que ça. Et quand cela se passe, c’est gagné.

 

Propos recueillis par Joseph Vebret (mars 2017)

 

Pierre Pelot, C’est ainsi que les hommes vivent ? Presses de la Cité, novembre 2016, 1050 pages, 21 €

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