Interview. Jacques Viallebesset : L’hymne à la Nature et au Cézallier

 

Vous venez de publier avec le peintre Claude Legrand Le plain-chant des hautes terres. Que signifie ce titre ?

Les hautes terres, ce sont les plateaux du Cézallier dans le Cantal où la terre tutoie le ciel ; ces paysages de « grand air », cet air tout bleu, qui passe avec les caravanes de nuages poussés par le vent, ces longues prairies herbeuses, l’eau qui bruisse dans l’herbe et ces arbres qui tracent une calligraphie inconnue dans le ciel. Claude Legrand arpente ces terres, jour après jour, au fil des saisons ; imprégné de ces paysages, il les recrée dans son atelier, dans un langage fait de rêverie et d’émotion.

Quant au Plain-chant, c’est un genre musical sacré fait d’hymnes et de psaumes à une voix. Et c’est bien un hymne à la nature que célèbre ce recueil, composé de 27 tableaux et de 27 poèmes. Paradoxalement le tissage des images de Claude Legrand et de mes mots crée une troisième voix, autre, singulière et unique. C’est le Plain-Chant.

Comment est né ce projet d’une œuvre à deux voix ?

Claude Legrand est un grand lecteur et amateur de poésie. Depuis des années, il cherchait un auteur qui pourrait associer des mots à ses images, jusqu’à qu’il découvre mon écriture et qu’elle le touche. Moi-même étant particulièrement sensible à la peinture de Claude Legrand, la rencontre était inévitable. Dans le passé, nombre de poètes et de peintres ont collaboré pour créer une œuvre originale commune ; nous ne faisons que perpétuer cette tradition. S’agissant de l’association de la poésie et de la peinture, elle est assez évidente : comme l’écrivait, au XIe siècle, le peintre chinois Guo Xi : « Un poème est une peinture invisible, Une peinture est un poème visible. »

Mettre des mots sur l’image est stimulant pour celui qui écrit, pour autant que l’on ne se contente pas de commenter l’image.

Concrètement, comment a été faite la sélection des tableaux et des poèmes ?

Au départ, nous avions sélectionné ensemble 26 tableaux de Claude Legrand sur lesquels je devais écrire, mais, au fur et à mesure où je lui envoyais mes textes, ceux-ci suscitaient chez Claude de nouveaux tableaux ; c’est ainsi que sur les 27 tableaux présentés dans cet ouvrage, il n’en reste qu’une dizaine issue de la sélection initiale. Les autres sont le fruit de ce dialogue fertile ; on peut donc parler d’une «  œuvre croisée »

Vos poèmes ne sont pas des commentaires ou des illustrations des tableaux de Claude Legrand comme on aurait pu s’y attendre. Pourquoi ?

Les tableaux de Claude Legrand, évocations d’un Cézallier recréé, sont, en fait des paysages intérieurs, à forte évocation poétique, qui en soi, suscitent leur propre émotion. Se contenter d’y rajouter des mots les illustrant aurait été redondant, donc sans intérêt. Par contre, chacun des tableaux de Claude Legrand, plus que « donner à voir » comme on le dit communément, donne à imaginer. Cette émergence d’une réalité poétique profonde, liée à la dynamique des mots, nous fait passer d’une réalité à une autre. Ce monde, où les mots répondent aux images, est, en fait l’univers intime de l’intelligence sensible de chacun de nous, peintre, auteur, spectateur, lecteur.

Votre propos fait penser au vers de Baudelaire, dans son poème « Correspondances » : «  Les parfums, les couleurs et les sons se répondent »…

Oui, c’est vrai, il y a dans notre travail, l’idée de rechercher un langage total, où, comme l’écrit Baudelaire, de longs échos se confondent. C’est tellement vrai que Claude et moi avons été rejoints dans ce projet global par le compositeur de musique Eryk.E, qui, au-delà de sa chanson «  Planèze » qui évoque déjà le Cézallier, est en train de composer une musique, en écho aux peintures et aux poèmes. Le Plain-Chant des Hautes terres pourra alors s’élever ; nous aurons, dans les mois qui viennent, l’occasion de le présenter lors de différents événements prévus en Auvergne.

Propos recueillis par Joseph Vebret

Jacques Viallebesset, Le Plain-Chant des Hautes Terres, peintures de Claude Legrand., Éditions Le Nouvel Athanor, décembre 2019, 72 pages, 23 €

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