Jack London : la tempête souffle dans la Pléiade

Comme il fut fait avec l’Ulysse de Joyce – et avec quel succès tant l’ancienne traduction était réellement datée, imbriquée dans un temps reculé qui n’était pas forcément plus littéraire que maintenant mais certainement tout autant illisible, sinon plus – offrant alors un nouveau et vif plaisir de lecture, amplifiant la chute du livre en point d’orgue avec le monologue de Molly ; voici aujourd’hui l’arrivée de déferlantes sur les gondoles, ouragans glacés et monde sauvage, bannis de la terre et grands espaces : Jack London is back !

La Pléiade accueille l’aventurier solitaire pour lui offrir son panthéon littéraire, telle est l’ambition de ces volumes, enrichis de la totalité des illustrations et photographies des premières éditions américaines.
Les nouvelles traductions se sont orchestrées sous le thème de l’authenticité, s’efforçant de ne pas diluer ni modifier les étrangetés du style que l’écrivain a souvent affirmé comme étant le fruit de ses seuls efforts. Ni dieu ni maître Jack London, ni école ni chapelle puisqu’il osa aborder tous les genres : roman, récit, reportage, autobiographie, nouvelle.
Particularité d’outre-Atlantique, cette forme narrative est très populaire si bien que tous les auteurs s’adonnent à cet exercice, lequel rémunère aussi son homme puisque de nombreux journaux en publient. Aussi, ces deux tomes proposent-ils pas moins de quarante-sept proses brèves, et c’est sans aucun doute par là qu’il faut commencer pour saisir ce que London exige de l’écriture de fiction.

 

Car, n’en déplaise à certains, ce ne sont pas – que – des récits autobiographiques, mais bien des œuvres de fictions, même si Le Trimard et John Barleycorn sont désormais plus difficiles  à lire dès que l’on prend conscience que London y raconte sa vie, même si la confession prend des libertés narratives.
Il est vrai que Jack London s’est amusé à brouiller les cartes et la chronologie de sa vie est, à elle seule, un roman comme la résume sa correspondance : garçon de ferme à sept ans, livreur de journaux à dix, ouvrier en usine à quatorze, plongeur d’huitres à quinze, matelot breveté à dix-sept ans, trimardeur et taulard à dix-huit, militant socialiste à dix-neuf ; chercheur d’or à vingt-et-un, Kipling américain à vingt-quatre, connu dans le monde entier comme auteur et correspondant de guerre puis défendeur des causes sociales à vingt-huit, aventurier sans limite à trente et un ans, il deviendra par la suite éleveur et propriétaire d’une ferme expérimentale à trente-cinq et enfin, à quarante ans, quand il s’éteint, il est la légende vivante, millionnaire, du pur self-made-man.

 

 

 

Ainsi, introduire ce trublion des Lettres dans la Pléiade ne semble pas, au premier abord, couler de source : l’auteur de Croc Blanc a toujours collée dans le dos l’étiquette de "populaire" qui dérange encore les grincheux qui ne jurent que par les "classiques". Et cent ans après sa mort, même aux États-Unis, il n’existe pas d’édition des œuvres complètes de Jack London, preuve du peu d’estime que lui accord l’establishment. Or, ce ne sont pas moins de quarante-trois volumes parus de son vivant que l’institution académique boude en n’en retenant que trois : L’Appel du monde sauvage, Le Loup des mers et Martin Eden qui sont en poches, en édition commentées… (sic)

Perçu encore aujourd’hui comme l’auteur de livres pour la jeunesse, de romans d’aventures ou d’écrits politiques, on ne lui accorde que peu de crédit. Ce sera donc en France, et dans la Pléiade, que le lecteur pourra appréhender ses principales œuvres dans une présentation qui s’efforce de faire droit à une expérience littéraire encore jamais atteinte !

Présentés dans l’ordre chronologique de leur parutions, les textes nouvellement traduits de Jack London libèrent cette puissance narrative qui en fait un stakhanoviste hors norme, lui qui s’était fait une règle de produire mille mots par jour et avançait dans son travail avec une régularité quasi mécanique… C’est un homme pressé qui ne regarde jamais derrière lui, d’ailleurs les textes qu’il publie sont très souvent de premiers jets.  Dès que l’histoire est lancée, elle est propulsée en avant par la force de l’écriture sans se parer de détails de forme ou d’expressions : l’instinct et, avec le temps, les procédés dictent leur loi.

 

Cinq romans, un récit, un reportage et une autobiographie sont enchâssés autour des nouvelles pour former, en deux tomes, une première approche la plus complète possible.

En parallèle, folio publie Marin Eden dont on peut lire les premières pages ici.

 

Ce volume I contient
L'Appel du monde sauvage - Le Peuple de l'Abîme - Le Loup des mers - Croc-Blanc.
Nouvelles (1899-1908) : À la santé de l'homme sur la piste - Le Silence blanc - En pays lointain - La Sagesse de la piste - Une odyssée du Grand Nord - Une femme de cran - Où bifurque la piste - La Loi de la vie - Le Dieu de ses pères - Les Suppôts de Midas - La Mort de Ligoun - Keesh, fils de Keesh - Bâtard - Li Wan, la Pâle - L'histoire de Jees Uck - La Conjuration des anciens - Les Mille Douzaines - L'Histoire de Keesh - Un canyon tout en or - L'Amour de la vie - L'Apostat - Malice de Porportuk - Finis - Sacré Tash - Faire un feu.

Ce volume II contientLe Trimard - Le Talon de fer - Martin Eden - John Barleycorn.

Nouvelles (1909-1916) : La Maison de Mapuhi - La Descendance de McCoy - Au sud de la Fente - Le Chinago - Le Shérif de Kona - Le Païen - Un bon bifteck - La Dent de cachalot - Mauki - Koolau le lépreux - La Maison d'orgueil - La Force des forts - Un fils du soleil - À la guerre - Le Mexicain - Par les jolies filles de Tasman! - La Fin de l'histoire - Samuel - Chez les baveux - Le Dieu rouge - Les Os de Kahekili - Quand Alice se confessa.

Trad. de l'anglais (États-Unis) par Marc Amfreville, Véronique Béghain, Antoine Cazé, Marc Chénetier, Philippe Jaworski, Clara Mallier et François Specq. Édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski avec la collaboration de Marc Amfreville, Véronique Béghain, Antoine Cazé, Marc Chénetier, Clara Mallier et François Specq

François XavierJack London,

Romans, récits et nouvelles, trad. de l'anglais (États-Unis) par un collectif de traducteurs.
Édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski, tome I, 126 illustrations, relié pleine peau, Gallimard, octobre 2016, coll. "Bibliothèque de la Pléiade", n°615, 1536 p. – 55 € jusqu'au 30 avril 2017, puis 62,50 € ;
tome II, 57 illustrations, relié pleine peau, Gallimard, octobre 2016, coll. "Bibliothèque de la Pléiade", n°616, 1616 p. –  55 € jusqu'au 30 avril 2017, puis 62,50 € 

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