Jacques Demarcq : les bonzés font de la pirogue

Il arrive que le poème devienne fable contre la bêtise militante, profiteuse et au besoin meurtrière des maîtres qui gouvernent. Demarcq ne leur fait pas de cadeaux. Ce sont eux les paons d’une succession de choses vues et vécue tout le long du Mékong.

Amateurs d’exotisme s’abstenir.
Dans le Cambodge, à la dictature des Khmers Rouges s’est substituée une autre tout aussi rentable. Les hauts fonctionnaires corrompus expulsent les pauvres de leurs taudis pour construire des immeubles de luxe : ceux-ci se retrouvent dans des bidonvilles et deviennent une main d’œuvre corvéable à merci.

Rien n’a donc changé.
Et l’auteur traverse le Mékong comme tout le monde : à vélo, à moto sur des ponts type rivière Kwai ou en pirogue lorsque les bronzes ne la squattent pas pour quêter à domicile en faisant ramer des femmes que survolent balbuzards, cormorans et autres marins pêcheurs.

Les manifestations nationales et les enterrements deviennent des blagues - surtout lorsqu’il s’agit de celui de Norodom Sianouk dont "le corps embaumé est épargné par les mouches" ce qui n’est pas le cas de ceux qu’il a laissé tuer en bon "père du peuple".
L’Histoire peut donc hoqueter.

En une démocratie dite populaires les diktats sont proclamés sous l’œil bienveillant des 150 O.N.G. au néocolonialisme aussi "bienveillant" que douteux. Ce qui n ‘empêche pas la jeunesse d’être addict au smartphone comme tout le monde. Pour dresser l’image de ce monde complexe, Demarcq devient le zig qui "zag, jongle" en vélo ou en moto improbable pour épouser l’ordre d’une circulation qui en ignore tout.

Rarement la poésie sort autant de sentiers battus et complaisants.
Elle embrasse ici un monde pour en offrir une vision neuve, ironique mais qui évite tout regard surplombant d'occidental bêcheur. L’auteur devient l’acteur amusé du monde tel qu’il est et qui n’est pas prêt de changer.
Sous toutes latitudes les féodalismes avancent plus ou moins masqués.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacques Demarcq, Phnom Poèmes, Éditions Nous, Caen, 2017, 120 p. 25 euros.

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