Dix bonnes raisons de ne pas lire "Proustissimots, 69 additifs à La Recherche du Temps perdu" de Jacques Géraud

A l'occasion de la parution de son Proustissimots, 69 additifs à La Recherche du Temps perdu (Champ Vallon, octobre 2013), Jacques Géraud nous donne les dix dirimantes raisons que nous avons de ne pas le lire.

Ce malheureux auteur est atteint d’une proustofolie furieuse, récidivante, lui qui quelque vingt ans après Proustites (P.O.L, 1991), huit ans après Petits proustillants (PUF, 2005), nous remet le couvert sous celui du fameux "centenaire" du début de la publication de ce monument surfait et surestimé. 
Quand va-t-il voir que sauf les snobs on s’en fout peu ou prou de Proust ?

Si véritablement il aimait et admirait cet auteur, comme il le clame à l’envie en roulant des yeux mystiques, qu’attend-il pour s’atteler, comme tant de vaillants travailleurs, à un essai, une somme, une thèse, ne fût-ce qu’un opuscule sur un point encore intraité de la trop fameuse et barbante Recherche du temps perdu : de la mise en oeuvre du cunnilingus par le "narrateur" proustien sur la vicieuse personne de son Albertine ; de l’usage du plus-que-parfait antérieur-postérieur dans A l’ombre des jeunes filles etc. etc.

A défaut, que ne s’est-il plu à nous trousser un charmant pastiche de son auteur de prédilection ? Hélas, il serait bien capable de tirer fierté de n’être même pas doté de la ductilité requise pour se couler dans la manière du Maître.

Comment a-t-il pu accepter que ce troisième livre directement issu, paraît-il, de son concubinage notoire avec le sieur Proust, voie sa couverture enluminée d’un honteux détournement du tableau de l’École de Fontainebleau figurant Gabrielle d’Estrées au bain, en compagnie de sa sœur lui pinçant le bout d’un sein ? Or voici que l’illustrateur, Laurent Blachier, guère plus recommandable que le triste sire Géraud, n’a pas trouvé mieux que de greffer, sur le torse topless de chacune des deux sœurs peinturlurées, la tête caricaturée du pauvre Marcel ! Pire, le Marcel pinçant a tout l’air de nous prendre à témoin de son forfait opéré sur le Marcel pincé qui passe sa langue sur ses lèvres, comme si littéralement il jouissait !!!

.… Mais de quoi jouit-il au juste ? Serait-ce, masochiquement, des méfaits littéraires, des tortueux retraitements de son texte, des horribles détournements et autres viols à quoi l’a impudemment soumis le cynique Géraud ?

Tout écrivain a pour premier et pieux devoir d’honorer, respecter, vénérer cette alma mater : notre bonne vieille langue française. Au lieu de quoi, le calamiteux auteur de ces indignes Proustissimots aura fait reposer ses 69 additif (sic) sur 69 mots, tous flanqués de définitions aberrantes, et dont la plupart, pompeusement baptisés Métamots, feraient avaler leur chique à MM. Littré, Larousse, Robert, Rey & Cie. Ainsi, au hasard du plus inepte des abécédaires : *Angoître, *Clitorisque, *Mamyfestation, *Révolverbe, *Rutabagages, *Youpital, *Zigomars. 

Il n’est pas étonnant que ce même auteur qui bafoue la forme sacrée des Mots, ait osé profaner à maintes reprises le corps sacré de la Mère, et par un supplément de fureur matricide, celui de la Grand-Mère !

Une fois de plus, qu’il s’appuie ou non sur son auteur-fétiche, il n’aura pas été capable de produire ou commettre un véritable Roman ! Il aura beau prétendre que ces 69 (chiffre obscène) fragments dont son livre est composé – ou décomposé ? - forment un réseau ou se font écho ou … : n’importe, au regard de la doxa ça n’en est pas, du roman. Sont-ce des nouvelles ? Même pas . Alors c’est quoi ? Lui-même ne saurait dire, soit qu’il se réjouisse ou s’afflige d’être atypique, anomique, si peu mainstream que toujours lui échappera ce prix Goncourt dont l’auréole vint jadis se poser sur son idole.

Ce qui ne l’aura pas empêché, comme tant d’autres, cédant à la facilité, de mettre du sexe et encore du sexe dans son texte, du moins au début de ses petites fictions à peu près toujours sujettes à des embardées qui les projettent dans … dans quoi ? Allez savoir !

Bien incapable de fouiller la réalité du social ou de sonder les profondeurs de l’âme, il n’a guère qu’une flèche dans son carquois : l’imagination, dont son maître savait se passer, toujours à écumer les salons, quand ce n’était pas les bordels, pour nourrir sa dispendieuse Recherche. Mais au vu des fantasmagories que le disciple dépravé fait continûment jaillir de la cervelle en surchauffe d’un "narrateur" impudemment squatté, bien fol le lecteur qui dirait qu’on a gagné au change.

Jacques Géraud  
pour le Salon littéraire

Jacques Géraud, Proustissimots, 69 additifs à La Recherche du Temps perdu, Champ Vallon, octobre 2013, 154 pages, 15 €

4 commentaires

Les Égyptiens, avec leurs dix plaies, sont enfoncés ! La Bible aussi, avec ses dix commandements ! car Jacques Géraud, probablement emporté par son élan, nous fournit ici pas moins de 11 bonnes raisons de ne pas le lire... Il n’y a guère que sur le nombre 69 que l’auteur ne se trompe pas… De toute façon, en ce qui me concerne, cet article arrive bien trop tard car j'ai déjà dévoré Proustissimots !!!

anonymous

Jacques Géraud à Thierry Maugenest, dévorateur et calculateur

C'est la mise en page du Salon ou Saloon, où l'on voit double, qui a séparé : "Quand va-t-il voir que sauf les snobs on s'en fout peu ou prou de Proust?" de la 1ère raison dont cette question n'était que la clausule! Donc je le dis à cet  italianiste amateur de foot qui voit partout du 11 (mais lui seul a donné, p.32 de son désopilant Bâchez la queue du wagon-taxi avec les pyjamas du fakir, la vraie et bonne raison d'un certain coup de boule dont le triste sire Materazzi fit les frais lors de la finale de la coupe du monde 2006 ) ça fait 10!

Corrigé !

Entre autres exemples de la qualité de cette petite folie proustienne : 

  • Larmoire : petit meuble servant à recueillir les pleurs
  • Ecchymot : contusion lexicale
  • Loverdose : nombre d'amants qu'une femme est en mesure de recevoir