Splendid's, une stylisation de la subversion

La représentation débute par la projection d’Un chant d’amour, le célèbre moyen métrage de Jean Genet, qui montre avec force la réserve impudique des corps contraints par la privation. La prison comme baisoir institué. Un film à fleur de chair, incisif, qui suinte de désir. Pour Genet, les rapports de pouvoir ne sont jamais exempts de domination sexuelle implicite.

La scène s’ouvre sur deux couloirs d’un luxe un peu kitch qui placent les comédiens près du public et les soumettent à leurs rapports mutuels. On est mis dans une situation d’urgence : les exactions des malfaiteurs sont suffisamment graves, bien qu’on n’en parle pas, pour donner aux protagonistes de la scène la certitude de l’issue fatale d’un éventuel assaut des forces de l’ordre.

On assiste à une prise de position chargée de répliques ultimes ; nous assistons à un requiem. Nauzyciel fait de ce texte puissant, qui explore les limites de la subversion et de la soumission, un tableau précieux, un rien maniéré. L’ensemble fascine par son aspect statique, un peu hypnotique, mais demeure tout de même redondant dans son déroulement.

Certes, les relations de séduction inséminent les rapports hiérarchiques qui s’exhibent, se contestent, se perpétuent. Le texte, que servent parfaitement les acteurs, séjourne aux intersections de nos limitations et de la subversion. Il en résulte un spectacle engageant, stylisé, autocentré, donc monolithique.

 

Christophe Giolito

 

Splendid's de Jean Genet, mise en scène Arthur Nauzyciel.


Avec Ismail Ibn Conner, Jared Craig, Xavier Gallais, Michael Laurence, Rudy Mungaray, Daniel Pettrow, Timothy Sekk, Neil Patrick Stewart, James Waterston et la voix de Jeanne Moreau

Décor Riccardo Hernandez ; lumière Scott Zielinski ; collaboration artistique et travail chorégraphique Damien Jalet ; costumes et tatouages José Lévy ; assisté de Fabien Ghernati ; son Xavier Jacquot ; assistant décor James Brandily ; participation au casting Judy Bowman, CSA (USA) ; régie générale Jean-Marc Hennaut ; régie son Florent Dalmas et Vassili Bertrand ; régie lumière Christophe Delarue ; régie plateau Antoine Giraud Roger ; surtitrage Bertille Kapela ; photographies et film autour de la création Frédéric Nauczyciel.

Au théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun Paris 20e Tel 01 44 62 52 52 http://www.colline.fr/fr/spectacle/splendids

du 17 au 26 mars 2016 du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30.

 

Les représentations de Splendid’s sont précédées de la projection du film Un Chant d’amour (1950, 24 min) de Jean Genet, interdit en salle aux moins de 16 ans.

Spectacle en anglais surtitré en français. Grand Théâtre durée 1h50.


Production CDN Orléans-Loiret-Centre coproduction Région Centre, Le Parvis  -Scène nationale Tarbes-Pyrénées, CDR Tours – Théâtre Olympia, MCB° Maison de la Culture de Bourges - Scène nationale avec le soutien de l’Institut Français et de la ville d’Orléans avec l’aide des services culturels de l’Ambassade de France aux États-Unis, du Pioneer Works Center for Art and Innovation et du Abrons Arts Center pour les répétitions à New York.

Le décor est construit par l’atelier de la MCB° Maison de la Culture de Bourges - Scène nationale.

Remerciements : Florent Masse, Ricky Becker, Nicole Birmann Bloom, Francis Cholle, Albert Dichy, Mathieu Simonet.

 

Sur le même thème

Aucun commentaire pour ce contenu.