L'obscène et le merveilleux : romans & poèmes de Jean Genet

Dans  son Rembrandt, Jean Genet précisait : Pendant encore un peu de temps si toute forme humaine assez belle  et mâle, conserva un peu de pouvoir sur moi, c’était, pourrait-on dire, par réverbération
Partant de cette puissance de reflet de celui sous lequel si longtemps j’avais cédé se produit pour l'auteur et par la littérature moins un saut dans le vide qu'une belle torsion d'une destinée jusque-là négative.

L'auteur parla un temps de Salut nostalgique, mais  travaillé par la thématique érotique et politique qui domine son œuvre il  entama un pas au-delà non pour sortir de lui-même mais afin de s'éloigner d'un chemin d'infortune.
Néanmoins dire que l'écriture de Genet fut réparatrice ce n'est pas dire grand chose. Sartre le souligna d'ailleurs dans le Saint Genet, comédien et martyr (introduction à ses œuvres complètes). Il comprit que les interprétations psychanalytiques et marxistes ne pouvaient expliquer ce fantastique exercice littéraire d'une liberté d'abord écrasée par la fatalité d'un destin.

L'auteur sut la retourner. C'est d'autant plus flagrant dans l'édition établie par Emmanuelle Lambert et Gilles Philippe. Elle fait  retour non aux versions que proposèrent Gallimard à partir de 1951 mais aux textes premiers des publications plus ou moins confidentielles ou clandestines.

Se redécouvre comment, pour exprimer la vie, ses miasmes et son écume Genet a créé un royaume littéraire qui donne son poids à tout ce qui pèse et un souffle à tout ce qui peut déplacer le monde. Dans ce qui tient d'une métempsychose, l'auteur resurgit non seulement en chair et os ou désincarné mais dans son improbable vie ou contre-vie avec ce qu'elle a de pur et d'impur, d'indus, d'insoluble et ignés mais aussi en les diamants purs d'un langage issue d'une voix  ténébreuse et obscène mais où l'âme rampait. 

Et ce dans un corpus où sexe, invention verbale, imaginaire poétique font que l'auteur, comme le disait Cocteau, monte sur le trône du diable dans un ciel vide.
En un monde d'abord clos et sans grâce Genet a cherché dans le noir un sceptre pour régner. L'abject à portée de main il est resté l'ange délinquant soufflant sur nos braises.


Jean-Paul Gavard-Perret


Jean Genet, Romans et poèmes, édition établie par Emmanuelle Lambert et Gilles Philippe, avec Albert Dichy ; coll. Bibliothèque de la Pléiade n°656, relié pleine peau sous coffret illustré, Gallimard, avril 2021, 1648 p.-, 65 € jusqu’au 30 septembre 2021 puis 72 €

Ce volume contient : Introduction, chronologie, note sur la présente édition ; Notre-Dame-des-Fleurs ; Miracle de la Rose ; Pompes funèbres ; Querelle de Brest ; Poèmes ; Journal du Voleur ; Appendices : L’Enfant criminel, Fragments… ; En marge des œuvres de Jean Genet : textes et documents ; notices, notes et variantes ; bibliographie. 

Sur le même thème

Aucun commentaire pour ce contenu.