A côté, jamais avec, de Jean-Marc Parisis : L’enfance sans complaisance

Le livre de souvenirs d’âge tendre est un genre littéraire à lui seul, on le sait. Beaucoup s’y sont risqués, certains y ont excellé. Jean-Marc Parisis ne mythifie pas cette période qu’il a vécu prés de Versailles, dans un pavillon construit pas son père dans cette petite ville des Yvelines. Tout ce qu’il sait, explique l’écrivain, il le savait déjà : la grammaire n’a rien à voir, dit-il, avec l’expérience.

 

Au fil des pages, on retrouve les Carambar, les stylos Stypex, les hippies, le noël de la banque de la mère, la queue du Mickey, puis les pulls University of California, les bécanes, le séjour linguistique en Angleterre et ses concours de baisers. L’auteur raconte ses dix ans, les premiers émois amoureux avec une fille aux yeux gris-bleu, la véritable amitié avec Bruno, et aussi les « foyers », ces gosses placés dont on se méfiait, ou les Levitt, des Français qui dans la France pompidolienne entendaient vivre comme des Américains, des cadres au pavillon propret, au gazon bien coupé et aux femmes en Austin Mini qu’on enviait. 

 

On replonge avec lui dans cette période là, où les adultes foutaient une paix royale aux enfants et les laissaient rêver à des choses de leur âge, où l’on fumait même devant eux et où personne n’avait jamais entendu parler de droits de l’enfant, de politiquement correct ou de développement personnel.

 

Parisis grandit, s’abreuve aux bons livres et en profite pour régler son compte à la littérature jeunesse : « On n’abusait pas du mot littérature et on n’en abusait pas les enfants, on leur évitait les névroses d’adultes déféquées aujourd’hui dans une langue artificieuse, bêtifiante, concupiscente. »  Il découvre les filles à l’aide du Crapouillot et « ses bonnes femmes à poil » ainsi que du catalogue de La Redoute. Pour les vraies, en chair et en os, il faudra attendre : le narrateur est atteint d’un bégaiement qui le rend timide et il a souvent peur de tout, et de rien, de la séparation avec sa maman comme d’un mauvais coup.

 

Le drame, le vrai, s’invite dans ce quotidien familier : la mère de Paulin, le copain, a été tuée dans un accident. La mort, ce grand mystère, pénètre dans la vie du garçon. On referme le livre étrangement ému, avec le sentiment d’avoir revécu sa propre enfance tant les mots, les sentiments sont les mêmes. L’enfance, ce pays qui nous rassemble.

 

Ariane Bois

 

Jean-Marc Parisis, A côté, jamais avec, Lattès, janvier 2016, 193 pages, 18 €.   

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