Derrière les apparences, les Hommes

Écrire sous influence. Voilà le dada de Jean-Paul Dubois. Cet ancien journaliste aime être inspiré. Visité. Conduit. Une sorte d’extase, finalement, dans l’ombre d’un grand pair. Pour ce livre-ci, nous aurons droit aux grands espaces. Dans la veine de John Updike et de quelques fantômes incontournables de la littérature américaine (Fante, Bukowski, Harrison) le lecteur voyagera en pays connu.
Pari d’autant plus performant que l’histoire débute dans un environnement… clos. En prison, à Montréal, Paul Hansen purge sa peine pour un crime que l’on ignore. Le temps n’en finit pas de s’étirer. La cellule est exigüe. Six mètres carrés en collocation avec une montagne de muscles, un de la bande Hells Angels. Un poète qui ne résout les équations qu’en coupant son interlocuteur en deux. Ce qui donne à réfléchir.

Mais au-delà de l’anecdote et des clichés, il y a aussi de l’amour et de l’amitié quand les injustices fleurissent sur fond d’héritage familial. C’est une histoire mélancolique qui sait garder le sourire. Avec le jeu des retours en arrière, quand Hansen était super-intendant à L'Excelsior, sorte de concierge cinq étoiles, clé d’or indispensable. Confident de ses clients. Et amoureux de Winona, une Indienne algonquine, qui l’enlève. L’emmène au septième ciel aux commandes de son aéroplane… Jusqu’au jour où un nouveau gérant débarque. Conflits, embrouilles. Et l'inévitable se produit.

Jean-Paul Dubois a ce don de se saisir de ses personnages, de les materner, et de nous en donner un portrait tout en finesse. Dans un style acéré qui distille de l’ironie autant que de la bonté Dubois tourbillonne et nous entraîne par son énergie narrative.  
Un livre qui claque. Un réconfort. Un peu de tendresse dans notre monde de brutes…

Annabelle Hautecontre

Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, éditions de l’Olivier, août 2019, 256 p.-, 19 €

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