Un Fauve et son marchand

Originellement prévue en décembre. Décalée pour raison de pandémie, l’exposition au musée de Roanne ne resta que quelques semaines. Définitivement terminée depuis le 9 juin il nous reste le catalogue. Bel objet aux textes facile d’approche. Historien de l’art ne veut pas dire illisible. Loin d’un texte académique, Claude Allemand, Éric Pierre Moinet & Jean-Paul Morel nous font vivre une belle expérience. Une aventure humaine entre deux passionnés de peinture.

Prétextant l’anniversaire de sa mort, Roanne organisa cette exposition sous l’aune d’une étroite relation entre un peintre et son marchand. Vollard a défendu Manet, Gauguin, Van Gogh, Degas, Renoir, Picasso… avant de basculer vers les jeunes artistes. Comme, en 1900, Jean Puy. Il est l’un des plus intéressants de la première moitié du XXe siècle. Une notoriété établie de son vivant. Une reconnaissance qui le place au Musée national d’art moderne, mais aussi à Besançon, Grenoble, Saint-Étienne, Lyon, Roubaix… Toutes les grandes collections d’art moderne comptent au moins un Jean Puy. Alors pourquoi a-t-il déserté les radars ? La question est toujours aussi hasardeuse. Complexe. Irritante voire sans objet. Le marché de l’art est… un marché, avant toute chose. Il ne reflète en rien la qualité d’une œuvre mais sa seule valeur spéculative. Ainsi les grandes collections ne se séparent-elles point d’œuvres de Jean Puy. Absent des ventes, les médias l’ignorent. Le public de même, et la boucle est bouclée.
Les amoureux de la peinture le connaissent ; sinon c’est ici l’occasion rêvée de s’instruire en découvrant une œuvre magnifique. Le XXIe siècle s’est d’ailleurs réveillé en voyant un catalogue raisonné de l’œuvre peint publié (2001). Un site Internet dédié. Une rétrospective au musée Marmottan (2004), suivit par d’autres en province.
 

Jean Puy, Vue de Saint-Alba,, vers 1901, coll. particulière. © Frédéric Rizzi pour Roannais Agglomération

 

Voilà une œuvre fait de multiplicités mais aussi de constantes, puis sur la fin, de recherches. Les lignes directrices s’affirment au fil du temps. Des thèmes, décors et personnages récurrents balisent ce parcours : la mystérieuse femme peintre et son modèle féminin, la poupée silencieuse et pensive, les erotica tour à tour sensuelles et grivoises. D’ailleurs, Apollinaire disait : La peinture de Puy est sans tristesse et tout imprégnée d’une grâce spirituelle et voluptueuse.

 

 

Annabelle Hautecontre

 

Claude Allemand, Éric Pierre Moinet & Jean-Paul Morel, Jean Puy / Ambroise Vollard – Un Fauve et son marchand, 280 x 220, nombreuses illustrations couleur, Musée de Roanne/Locu Solus, décembre 2020, 170 p.-,  29 €

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