Jean Streff sous le fil du rasoir

Cette fiction de jeunesse  de Jean Streff a connu bien des avatars au titre de promesses d'édition non tenues. Depuis sa première version de 1963 l'auteur n'a cessé de la réécrire : elle trouve enfin un éditeur courageux.

Jacques Cauda (directeur de collection) a compris ce que Claude Louis-Combet souligne dans sa préface. Il ne s'agit pas de l'apologie du crime (même si le sang coule à flots)  mais de l'extirpation et de la mise en scène de cauchemars sanglants pour un théâtre nu et solitaire. Y dominent la terreur de la naissance et la violence que constitue l'existence.

Possédé par les pulsions de meurtres et l'angoisse des commencements le héros est montré sans aucune spéculations ou supposés psychologiques, sociologiques ou autres.
Le propos est plus poétique et halluciné. La sexualité en devient à la fois le parfait contrefeu et l’incendie suprême. La fascination de l’horreur s’éloigne d’une approche simple et carrée mais le texte glace en ses montées incandescentes.
Une sorte de hardcore  radical se décline. La fiction brûle, découpe selon une violence particulière où à la petite mort se mêle l’envie d’assassiner selon divers degrés d’obscénité.  Peut se comprendre qu'une telle fiction a provoqué très longtemps chez les éditeurs potentiels une censure. Ce qu’elle propose d’abus et d'obscénité renvoie jusqu'à L’empire des sens à une aimable plaisanterie.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean Streff, J'irai dans les rues sombres égorgeant vos fantômes, coll. La Bleu-Turquin, Éditions Douro, mars 2022, 78 p.-, 10 €

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