Fiona Gélin, Si fragile

Fiona Gélin : à fleur de peau


Au risque de passer pour un vieux libidineux (ce que je suis sûrement), les souvenirs que j’ai de Fiona Gélin sont plus photographiques que cinématographiques. J’ai toujours en mémoire ses superbes "photos de charme" (comme elle dit elle-même) où elle apparaissait en tenue d’Ève les pieds dans le sable, le minois tourné vers un soleil éclatant. Quel choc ! De quoi provoquer des bouffées de désir chez le plus glacial des pisse-vinaigre. Fiona était une icône plus qu’une comédienne. À son grand dam.

Car, sur grand écran, ses apparitions furent trop courtes et trop disséminées. Elle affirme, un peu péremptoirement, que le premier film auquel elle participa (Le Grand Carnaval d’Alexandre Arcady) eut « un succès fou ». Ce n’est, hélas pour elle, pas vrai. Il dut se contenter de 1,2 millions de spectateurs en France ce qui, compte tenu du budget et de la présence de deux "stars" (Noiret et Hanin) fut considéré comme un échec. En cette année 1983, Fiona eut été plus inspirée en jouant le rôle-titre de L’Été meurtrier mais c’est une autre histoire…

Notons au passage, que, parlant du tournage de ce Grand Carnaval, Fiona ne se gêne pas pour égratigner Alexandre Arcady, ce qui m’a paru revigorant. En règle générale elle n’a pas sa langue dans sa poche ni sa plume dans l’encrier, même si l’on sent qu’elle pourrait balancer bien plus et asséner des vérités dérangeantes.

Dans cet ouvrage (deuxième opus après Retour d’errance paru en 2003 chez Michel Lafon), Fiona Gélin raconte son parcours de manière assez classique. Elle privilégie, toutefois, les détails sur ses rencontres et sur les personnes qui ont marqué sa vie. Essentiellement sa famille. À commencer par son père, Daniel Gélin, acteur, jardinier et séducteur.

J’ai noté une troublante complaisance à parler de la mort. Et même une fâcheuse tendance à s’étendre, le long de plusieurs pages, sur les dernières heures de ses proches (père, mère, frère, sœur…). Certes, la mort d’un parent provoque forcément des déchirures, mais il n’est pas forcément utile d’en narrer les détails. Surtout quand cela se répète chapitre après chapitre. Il me parait que Fiona a voulu se débarrasser de ces poids en les couchant sur le papier. Son livre est un exutoire.

D’ailleurs elle parle aussi de son addiction à l’alcool (qui lui coûta sa carrière), des hommes qui ont traversé sa vie. Et de son fils qui (chance pour le lecteur et pour lui-même) est toujours vivant !

Dans son élan, elle évoque ses difficultés financières. C’est pratiquement une première dans une biographie française et il faut l’en féliciter. S’il est bien un sujet tabou dans l’Hexagone c’est l’argent. Aucun acteur français ne vous avouera combien il a gagné pour un film (tout le contraire de Schwarzenegger !) et encore moins ce qu’il a fait de son pognon. Ce sont des artistes, ma brave dame, non des mercantiles. Les millions qui tombent dans l’escarcelle de certains sont priés de ne pas faire de bruit. Donc Fiona nous dit qu’elle n’a plus un sou vaillant. Elle a tout dilapidé. Tout ! En conséquence elle doit se contenter du RSA et des largesses de certains proches. D’accord cet étalage peut paraitre un peu misérabiliste mais il a au moins le mérite d’être franc. Gageons que Jean-Noël Belfond, patron de L’Archipel, a su se montrer généreux en accordant un à-valoir conséquent à Fiona Gélin…

L’impression générale qui se dégage de la lecture de ce livre est troublante. J’ai eu l’impression de tenir en mains les écrits d’une vieille dame. Si, si ! Comme s’il s’agissait des souvenirs de Claude Gensac, Michèle Morgan ou Gisèle Casadesus (qui ont écrit leurs propres Mémoires) ! Les écrits reflétant (normalement) une personnalité, je dirais que Fiona Gélin a tellement bourlingué, tellement souffert qu’elle a directement plongé dans le troisième âge sans passer par les cases intermédiaires. Or elle n’a que 54 ans. Étrange, non ?

Si fragile a le mérite de rappeler que l’on peut être fille d’un comédien célèbre, disposer d’atouts physiques imparables… et de ne pas suivre une route semée d’étoiles. Fiona Gélin n’a jamais rencontré le magicien d’Oz. Mais ce n’est que partie remise.


Philippe Durant


Fiona Gélin, Si fragile, l'Archipel, septembre 2016, 258 pages, 18 euros

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