Monica Bellucci, sur le divan

À mes yeux, Monica Bellucci incarne le charme personnifié. Belle, élégante, souriante, distinguée, intelligente, drôle… Je ne veux pas la qualifier de femme parfaite mais il est difficile de ne pas être troublé quand on se retrouve face à elle. J’ai eu le privilège de la connaitre très tôt alors qu’elle était une actrice débutante dans L’Appartement (1996 !). Un dîner, hélas pas en tête-à-tête, où elle se révéla spontanée et pleine de fantaisie. De nombreuses autres rencontres suivirent. Son ton se faisait plus professionnel voire plus dur. Elle apprit vite comment se comporter face à des journalistes mais savait néanmoins se "relâcher" dès qu’elle se sentait en confiance (je me souviens d’un autre déjeuner où nous avons beaucoup ri). Jusqu’au dernier Spectre où, sans doute lassée par le marathon professionnel, elle se montra un brin cassante.

C’est dire si j’ai accueilli l’arrivée de ce livre, Rencontres clandestines, avec bienveillance et appétit. Enfin la belle Italienne allait nous narrait sa vie, ses films, ses amis, ses amours, ses emmerdes… Slurp.

Eh bien non. Pas du tout. Mais alors pas du tout du tout du tout. Si vous espérez un ouvrage parlant de ses tournages (y compris Matrix et Astérix), passez illico votre chemin. Du mannequinat ? Pas plus. De Vincent Cassel ? Encore moins.

Mais alors de quoi parle-t-elle ?

D’elle. Ce qui est déjà beaucoup. Moins de ce qu’elle a fait que de ce qu’elle pense. Car elle pense beaucoup. Trop, diront les méchants. Elle a des lettres et des références qu’elle transforme en citations balancées à tout bout de champ. Ça vole haut, très haut.

Cet ouvrage est un livre d’entretiens entre Monica et un certain Guillaume Sbalchiero qui évolue dans des sphères qui ne sont pas les miennes. Ses questions planent à mille lieues de celles que j’aurais posées. Déjà sa préface m’a inspiré la plus grande méfiance. La suite est de la même aune. Mais soit. Chacun son style, comme dit l’autre. À moi, lecteur, de m’adapter. Ou non. Quittons le terrain de l’anecdote au profit des hautes sphères de l’intellect.

Monica évoque, donc, des bribes de sa vie pour expliquer et justifier son comportement. Elle parle de foi, de philosophie, de religion, émet une série de réflexions censées sur la vie en général et la sienne en particulier. Elle parle surtout beaucoup de ses filles qu’elle vénère et qu’elle tente de protéger en leur inculquant les bases d’une vie moralement saine.

Mais le véritable sujet de ce livre est la femme. Sa place dans le monde occidental, son combat pour accéder à un semblant d’égalité avec le mâle dominant. "J’éprouve, inconsciemment sans doute, une envie de dire, de poser un regard. D’abandonner, pour un temps, ma veste de comédienne. Parler, simplement, en femme." Voici donc une femme qui s’adresse… à tous. Forte de son expérience, de son ressenti, elle possède suffisamment d’atouts pour étayer son sujet. Quand on est l’une des plus belles actrices du monde, on sait ce qu’est le regard et le comportement des hommes…

Voilà pour le contenu. Passons au contenant. Si l’on supprime les longues introductions et les (trop) longues questions du sieur Sbalchiero, il ne reste, hélas, plus grand-chose de Monica. Grosso modo, divisez un livre (de petit format) de 140 pages par deux et vous aurez une idée plus précise. Ce n’est pas (tout à fait) un reproche c’est un constat.

Au moins ce livre permet de passer quelque temps auprès de Monica Bellucci. De mieux connaître son système de réflexion. A la lire on l’entend parler. Et, forcément, on est subjugué. N’y manque qu’une chose : l’humour de Monica. Où est-il donc passé ?

Philippe Durant

Monica Bellucci et Guillaume Sbalchiero, Rencontres clandestines, L’Archipel, mai 2017, 142 pages, 15 €

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