Clémentine Haenel : Mauvaise passe ou rédemption ?

J’aime à imaginer que Clémentine Haenel a puisé, aussi, dans le tréfonds de son imaginaire quelques autres lueurs d’espoir noir, d’humour décalé, de frustrations inversées dans l’écoute attentive des paroles des chansons totalement déjantées – mais si parfaitement en adéquation avec la vie réelle – du groupe Thérapie TAXI que j’ai découvert avec délice, près de la piscine, dans les jardins du mas des Escaravatiers, cet été, lors d'un concert bien allumé

Ce roman générationnel, composé de plusieurs petits paragraphes, montés comme dans une fugue, autour de chapitres plus importants, relate l’histoire, entre fantasmes et réalité, d’une fille massacrée par l’amour désincarné que les hommes interprètent parfois, bien trop souvent, de manière violente. Cette pensée viscérale qui finit par les rendre dingues aura raison du corps mais aussi de l’esprit de la narratrice qui se perd, se donne, s’oublie pour tenter de mieux se retrouver.
Chemin classique dans la névrose de l’après, preuve, comme le chante T.T. que tout l’monde déraille, ce qui n’est pas un scoop ; mais il convient aussi de redire parfois l’essentiel que l’on ne perçoit plus car au fond on est tous les même, on s’fait du mal et on tourne en rond.

Alors comment en sortir ? Comment refaire sa vie, repartir de zéro quand le Rubicon a été franchi malgré soi ? Aimerait-elle, comme la chanteuse de T.T. se détester de manière singulière, s'arracher la peau / se fonce-der la gueule jusqu'à plus trouver ses phrases, respirer dans l'eau / Éclater son crâne sur le béton mouillé et trouver le repos / Saccager la foule, briser tout son corps pour plus penser tout haut ?
Moral abîmé, corps abandonné, somnambulisme érotique et visions apocalyptiques feront de la narratrice une écorce arrachée aux lèpres de la cité pour mieux se laisser porter par les flots des égouts, le temps de comprendre que son cerveau lui tend des pièges et lui fait croire qu’elle a la solution quand elle n’aspire qu’à laisser le temps faire son travail… en musique...
J'aimerais me vider un chargeur dans le pied, crasher la voiture
Souiller l'amour qu'on m'a prêté, surtout me faire souffrir
Massacrer ma vie dans une folie sourde, trouver la rupture
Me butter à la haine jusqu'à vomir et tout faire pour le pire


Mais pour être digne de sa parenté, Clémentine Haenel va devoir remettre l’ouvrage sur le métier car la barre est haute, très haute ; il y a un Cercle à franchir, un cap à dépasser pour atteindre le Graal littéraire.
Nul doute que cet essai sera l’ébauche d’une œuvre à venir.

 

François Xavier

Clémentine Haenel, Mauvaise passe, L’Arpenteur, août 2018, 126 p. – 11,50 €

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