Autoportrait en chienne : Solange ose tout !

Pas facile d’être crédible dans ce monde communiquant. Surtout si vous faîtes la maline sur Youtube depuis des années et que des millions de gens vous suivent. L’éditeur ne veut donc entendre parler que d’un seul projet. Solange te parle. Même s’il ressert ce que tu vois sur le Net. Ainsi Payot a-t-il laissé filer Ina Mihalache.
Oui, c’est elle qui écrit. Solange n’est rien d’autre que son personnage. Je sais, c’est Solange qui signe. Mais si tu n’as pas encore compris que c’est seulement un truc marketing, oublie ma chronique. Car nous allons fluctuer. Nous allons valser. Second degré convoqué. Parler de soi n’impose pas d’être sérieuse. Triste et compassée. Regarde le Castor. Elle ne parle que d’elle et c’est pourtant de toi qu’il s’agit.
Et c’est diablement bien écrit.

Ecriture donc, ici aussi. Oui, il y a une voix. Un style. Une âme. Quelqu’un à l’autre bout de la ligne, d’ailleurs tu l’as bien compris, toi qui ne rate jamais un nouvel épisode de Solange te parle, n’est-ce pas ?

Je suis très cambrée depuis que mon premier amoureux rencontré sur NetMeeting s’est extasié devant l’amplitude de ma lordose. Alors je me suis dressée à en faire l’étalage. Il en redemandait, je veux jouir là, c’est incroyable cette croupe que tu as. Et c’est ainsi que les femmes font les chiennes pour le plaisir des hommes qui sont des singes.

Sous le prétexte d’une envie de chien – une chienne en l’occurrence – Ina ouvre son cœur. Sa vie. Admet qu’elle est soulagée depuis qu’elle a plus que l’âge qu’a eu sa mère quand elle a accouchée.
Ainsi elle ne se cache plus de son désir de ne pas enfanter. Juste s’occuper de cette petite chienne adoptée dans un refuge. Je me suis choisi une chienne comme je me serais choisi une mère. Une qui en a vu d’autres. Je le voulais douce et fripée. Pouvoir l’appeler « bébé » même si de nous deux c’est elle la vielle.
Truite donc occupe la place centrale. Un faux prétexte pour aborder les sujets plus intimes : la volonté d’apprendre le français en opposition au québécois, la quête des origines (roumaines), le désir d’ailleurs quitte à draguer sur Internet des hommes plus âgés, le premier voyage à Paris, l’implantation en France…

Récit drôle éclaboussant d’humour. Dérision et franche déconne, comme dans ses vidéos, Solange nous peint son univers décalé où les jeunes filles épousent des hommes mûrs. Où la vie n’épargne rien. Mais quand la spontanéité et l’humanité prédominent, la bonne humeur balaie tous les obstacles. Une femme libre se livre.
Sans chichi, sans tabou. C’est cash et ça fait du bien !

Annabelle Hautecontre

Solange, Autoportrait en chienne, illustrations d’Iris de Moüy, L’Iconoclaste, mars 2018, 200 p. –, 15 €

 

 

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