Universal Studios : fringant centenaire

Universal Studios fête ses cent ans. Cette firme, connue pour son logo en forme de planète, put être considérée au choix comme le plus petit des grands studios hollywoodiens ou le plus grand des petits studios. Elle n’a jamais connue la notoriété de ses rivales MGM, Fox, Paramount et consorts. Néanmoins, elle s’est plutôt bien débrouillée et sa longévité en est une preuve.


Universal vit, donc, le jour le 8 juin 1912 et se développa sous la férule de Carl Laemmle qui avait plus pour ambition de faire des films aux kilomètres que de produire des œuvres marquantes. Ce studio se spécialisa bien vite dans les productions à petits budgets (quoi qu’il y eut des dépassements dus à Erich Von Stroheim) et se distingua surtout dans deux domaines : d’abord les films fantastiques, dits « films d’épouvante gothique » (de Dracula à Frankenstein en passant par la Momie et le Loup-garou) et les westerns (avec quelques œuvres marquantes comme Winchester 73). Il y eut aussi des tentatives de comédies musicales (avec l’oubliée Deanna Durbin) mais qui n’atteignirent jamais la flamboyance de la MGM et quelques essais de films noirs (dont le remarquable Les Tueurs avec Burt Lancaster) mais qui restèrent généralement en déca des polars Warner. Côté comiques, Universal bénéficia du duo Abbott et Costello resté quasiment inconnu en France (ses films sortirent sous le label Deux nigauds).


En fait, à lire 100 ans de cinéma, on se rend compte qu’Universal a surtout servi de lieu d’expérimentations. Bien des grands talents hollywoodiens y firent leurs premières armes avant d’émigrer vers d’autres studios plus prestigieux. Tel fut le cas, notamment, du producteur Irving Thalberg qui s’épanouit, plus tard, sous le regard bienveillant du lion de la MGM. Stroheim lui-même finit par quitter Universal pour aller dépenser ailleurs des dollars qui ne lui appartenaient pas.


Cet ouvrage raconte tout cela et plein d’autres choses car il fourmille d’informations. Il n’est pas le premier du genre. En 1983, les éditions Celiv proposaient Universal, la fabuleuse histoire en 2641 films, dû au travail d’entomologiste de Clive Hirschhorn. Les deux ouvrages diffèrent dans leur conception. Le premier, par ordre chronologique, répertoriait tous les films (de Traffic In Souls / Commerce d’âmes – 1913 jusqu’à The Dark Crystal – 1983) par des fiches de présentation, le second aborde le sujet sous forme thématique : histoire du studio, personnalités qui ont marqué Universal (producteurs, réalisateurs, acteurs), grands thèmes, et présentation de 101 films, des plus célèbre aux pires navets.


Les portraits de personnalités sont signés pas divers spécialistes. D’où des approches et des styles très différents. Pour moi, Philippe Garnier s’impose comme le meilleur du lot et je regrette qu’il n’ait pas noirci plus de papier. Il est vrai que je préfère, et de loin, les tableaux plus ou moins vivants aux analyses forcément fastidieuses. D’autant que ces analyses ne prennent leur véritable intérêt que si l’on a en mémoire le ou les films cités ; or, encore une fois, Universal a laissé peu de films majeurs et les autres sont facilement oubliables sans être forcément inintéressants. De plus, dans le domaine de l’analyse filmique, j’ai toujours un peu de mal avec les formules alambiquées. Le « « De même, dans le mésestimé Deported, une Italie de ruines et de manoirs devient avant tout le théâtre d’une anamnèse élégiaque » (p 69) me donne le vertige…


L’album, riche en photographies, n’en demeure pas moins passionnant pour suivre l’évolution du cinéma américain et celle d’un studio qui atteignit son zénith dans les années 70 grâce à des productions telles que Airport, L’Arnaque et, bien entendu, Les dents de la mer.


Aujourd’hui, Universal est un peu moins un studio et beaucoup plus une entreprise de distribution de films dans le monde entier. Mais n’oublions jamais que sans Universal, Clint Eastwood réalisateur n’existerait sans doute pas car ce fut là qu’il monta ses premiers films.


La sortie de cet ouvrage coïncide avec une rétrospective Universal organisée par la Cinémathèque de Paris jusqu’au 4 mars. L’occasion de se rafraîchir agréablement la mémoire.


Philippe Durant


UNIVERSAL STUDIOS : 100 ANS DE CINEMA, Sous la direction de Jean-François Rauger, Ed La Martinière, 278 pages, novembre 2012, 45 €

1 commentaire

J'encourage à aller voir les polars de Robert Siodmak, "The killers" et "Cris cross", joyaux du genre.