Sex in the kitchen, truculence et cochonneries version fille


Ca commençait mal pour moi… Sex in the kitchen est présenté comme  un roman à mi-chemin de la chick litt et du mommy porn,  entre Sex and the city et 50 nuances.  Pas toujours rigolote,  je suis très  mauvais public pour tout ce qui est  estampillé ‘fille’ ou  caricatures exaspérantes de  nanas, que ce soit  livresque ou télévisuel,  il ne me restait  donc plus que la curiosité pour me donner envie d’ouvrir ce livre dont son auteure,  Octavie Delvaux, bonne stratège commerciale,  a orchestré en jouant de son charme  mutin, un savant et obsédant teasing sur les réseaux sociaux,  censé  nous allécher et faire de la sortie de son roman un événement interplanétaire.

Mais comme quoi la curiosité plus que les idées reçues, devrait toujours guider nos lectures :  je ne regrette pas malgré tout d’avoir lu Sex in the kitchen, excepté les premières pages qui sont  les moins bonnes,  trop cliché , elles  m’ont ennuyée et ont failli me décourager…son sexe engorgé la démangeait comme à l’annonce du coït… ou encore… son clitoris bouffi d’excitation.. dans lesquelles l’auteure décrit la nymphomanie qui se cache en la discrète héroïne Charlotte qui fantasme jour et nuit à en être constamment inondée, à tel point qu’on a envie de lui prescrire des protections contre l’incontinence  ou l’inviter à ne plus mettre de pyjamas. D’ailleurs quand on a le feu aux fesses pourquoi en mettre ? A force d’enfoncer le clou, l’effet de la description de son hygrométrie chronique s’assèche, le mieux est  toujours l’ennemi du bien…Les séances d’habillement ou la description des fringues m’ont  donné l’impression de feuilleter  Elle,  ça débutait mal pour moi .  Commencer directement  vers la page 15 n’aurait pas été plus mal.

 

Ceci dit,  je ne suis pas mauvaise joueuse, dans Sex in the kitchen , il y a quelque chose du concept farces-et-attrapes grivoises qui me plaît beaucoup. Le grand mérite  du texte est son insolence.  C’est ce ton moqueur qui  m’a bien fait sourire  et c’est  d’ailleurs pourquoi  je ne qualifie pas ce livre d’érotique, même s’il ne parle que de sexe de façon explicite.   Une rigolade comme celle-ci  tempère vraiment la charge sulfureuse,  mais on s’en fiche, le propos du livre est,  selon moi, ailleurs que dans l’érotisme.

Il  y a une corrélation avec le titre de l’ouvrage, Charlotte, priapique,  se balade dès le matin le  clitoris raide comme un cornichon. Si elle rêve qu’un amant lui apporte un bouquet de scorsonères plutôt que des roses, elle entend qu’il sache se servir de ce qu’il a entre les jambes de façon audacieuse et oser un vocabulaire uppercut qui la fasse frétiller.   Le sang  pulse et  palpite dans toutes ses chairs intimes, cette fille a le cœur entre les cuisses, c’est son way of life, véritable pendant de l’homme qui pense avec son sexe.

 

Généralement, les dialogues dans les livres sur le thème du  sexe, ne brillent pas par leur originalité. Là, il en est tout autrement, c’est justement les dialogues qui font de Sex in the kitchen  un bouquin plaisant, même si cela dessert les effets excitants de l’érotisme.  Octavie Delvaux a le talent d’une excellente dialoguiste, elle  aurait pu mettre  directement son texte en scène plutôt qu’en page.  Et  je  dois résister  au désir de déflorer ses trouvailles qui sont quand même le clou du livre.

 

Deux  lectures de Sex in the kitchen  sont possibles.

L’une au premier degré,  très primaire se suffirait de cette histoire de revanche de femmes telle que la dessine la couverture, l’homme fuit devant la mé(na)gère  hystérique qui le menace de son rouleau de pâtisserie,  version  trois grosses cochonnes qui ne parlent que de se faire enculer et dans ces termes,  mais surtout  de sodomiser leurs amants (oui, parce qu’on sodomise énormément dans Sex in the kitchen, et sachez que c’est une des recettes, selon ces filles, de la fidélisation).

Les coquines  revendiquent leurs vices et leur désir d’en jouir sans devoir se justifier,  jusqu’à Morgane qui se pâme de faire pipi dans des couches que son amant  tordu lui  a demandé de porter toute la journée.

Alors qu’une autre  lecture plus aiguisée et  satirique, verrait en Sex in the kitchen  un véritable mot d’esprit concentré,  pour railler les comportements masculins et féminins ainsi que  les modes de vie urbaine des  branchouillés. La caricature du monde du journalisme  dans lequel évolue Charlotte est aussi juste et très drôle.

 

Cette histoire de filles totalement obsédées par le sexe (on  se  demande si elles utilisent  leur cerveau, organe sexuel par excellence comme tout le monde le sait,  pour autre chose que la gaudriole )  qui se livrent à leurs délires en faisant un gros doigt d’honneur aux hommes (au propre comme au figuré)  peut donc s’interpréter  de différentes façons. Je subodore en Octavie Delvaux un  assez joli fonctionnement intellectuel pour pouvoir se livrer à l’entourloupette de l’autodérision.  En tous cas il me plaît de l’imaginer, et c’est ainsi que je l’ai lue.

 

Oui, si  les trois amies assument ce qu’elles sont et ne parlent que de ça, tout occupées à chercher comment assouvir leurs fantasmes et se remplir les orifices en préservant leur petit cœur malgré tout,  elles  ne se privent pas de gratouiller  le vernis des codes. Ainsi, la copine Deborah,  c’est de la grosse artillerie, dominatrice sévère sans état d’âme, experte ès sodomie,  elle est sans doute le personnage le plus marquant (et le plus navrant) du livre ;  celle-ci se fait servir par son esclave  mâle , le dit « Poupette »   qui s’occupe de l’intendance de sa maison. Elle  organise des partouzes de soumis à laquelle ses copines assistent en papotant  et asservit ses chochottes en les humiliant dans un langage ordurier  bien primaire, sans aucune finesse ni marque de respect pour leur soumission, comme si la construction cérébrale de l’érotisme était totalement absente du jeu SM. Tout ce que l’on exècre d’un homme dominateur …que l’on juge vraiment très nul quand il se comporte ainsi avec ses soumises. Le (la)  vrai(e)  dominateur(trice)  se trouve aux antipodes de cette fameuse  Deborah qui a d’ailleurs surtout trouvé les moyens d’équiper son appartement  gratuitement  en exigeant de ses serviteurs sexuels des  offrandes venues tout droit de chez  Castorama…pour avoir  l’honneur de se faire fourrer par Madame.

 

Quelque chose m’a cependant  un peu agacée. On ne peut pas me taxer de pudibonderie au regard de ce que je publie, mais je me demande si Octavie Delvaux ne charge pas gratuitement  la bouche des trois luronnes de trop de mots graveleux. Ce n’est pas du tout  la vulgarité qui me gêne mais la répétition et la banalisation de ce vocabulaire grossier qui, là encore, à force d’être surexploité perd de  sa puissance érotique ou  pornographique. J’ai eu l’impression  parfois, au fil des pages,  de petites filles trop contentes de répéter caca, cul, bite, couilles, enculé, dans une cour de récréation,  nananère,  les filles  ont aussi le droit de parler comme ça…avec l’idée implicite que ce parler est  le parangon du vice et  la signature de la fille libérée. Ca me laisse dubitative, est-ce bien cela la licence ? Bien sûr nous savons toutes que des réunions de copines ou des dîners de filles peuvent se révéler beaucoup plus hardis, déculottés et gaillards que ceux des garçons , à un point  qu’ils ne peuvent imaginer d’ailleurs …jusqu’à ce qu’Octavie Delvaux leur en donne une idée très précise, mais l’excès est pesant.   

 

Enfin, le thème de la cuisine qui sert de fil conducteur au livre se relâche parfois, il aurait sans doute gagné  à être mieux exploité, c’est un peu dommage car l’idée est bonne et les saillies s’y référant  pleines de peps. D’ailleurs, si la  couverture vichy évoque facilement la cuisine, je ne trouve pas qu’elle illustre la teneur du roman, qui du coup aurait mérité quelque chose de moins gnangnan, de  beaucoup plus audacieux en matière de graphisme.  Quant au style d’écriture, qu’en dire ? Je crois ne rien pouvoir en dire car je n’en retiens… rien, il se fait totalement oublier dans la vivacité de la narration et c’est  donc bien  la preuve que l’écriture est facile et bonne, sans fioriture, ni singularité d’ailleurs.

 

Alors même si cette comédie erotico-burlesque est loin de m’avoir tenue en haleine comme promis sur la 4ème de couverture et ne  correspond pas  à ce que j’aime en matière de livre érotique (  ou pas érotique d’ailleurs, car je n’avais pas plus  apprécié Le Diable s’habille en Prada auquel fait référence La Musardine,)  je reconnais que  Sex in the kitchen  est vraiment bien  troussé,  c’est du boulevard féminin revu et corrigé  à la sauce pimentée,  avec une mention Très bien pour les dialogues.  Ce livre amusera les fans du genre  littérature girly   et les amateurs de séries  TV qui mettent en scène des bandes de copines coquines.  L’éditeur avait donc raison sur ce point… Quant aux autres, ils peuvent lire ce livre s’ils ne sont pas  coincés,  (ou pour se décoincer)  ne serait-ce que par curiosité et pour le côté foutraque de ces trois fofolles délurées. Pour ce qui est de l’excitation, les hommes soumis vont bien sûr  se régaler, quant aux autres il est probable que beaucoup riront plus qu’ils ne s’émoustilleront, mais comme dirait Desnos L’érotisme est une science individuelle  …et un mystère ajouterais-je.

 

Et puis…et puis…il faut y venir.., les hommes dans ce livre n’ont pas le beau rôle, pas un n’échappe à l’allègre férocité d’Octavie Delvaux qui les donne en pâture à ses personnages comme on jette une souris à un chat. Dent pour dent, œil pour œil…disons-le tout net, ces pauvres chéris ne sont  souvent que de la barbaque qui nourrissent le quatre heures de ces jolies garces.   Des lecteurs grinceront  des dents…surtout s’ils  ont encore en tête que la femme est une créature  douce et  romantique qui  a besoin d’aimer pour faire l’amour…Et pourtant Charlotte et ses copines ne rêvent bien sûr que de ça.

 

Et l’épilogue n’est rien d’autre qu’un hallali, les chiennes se déchaînent sur le patron de Charlotte dans une sorte de séance de Prud’hommes  SM très spéciale.  La curée est cruelle,  panpandanslecul,  le pauvre homme qui se la pétait haute, se fait corriger par les vilaines filles  hilares au nom de toutes leurs sœurs opprimées depuis des siècles et des siècles .  Mais rassurez-vous Messieurs, Charlotte, Deborah et Morgane ne sont pas représentatives de toutes les femmes…vous pouvez desserrer les fesses ! 

 

 

 

 

Octavie Delvaux, Sex in the kitchen , La Musardine, 320 pages, 16 euros.

 

 

 

 

 

1 commentaire

Ma curiosité est piquée...féroce, drôle, grossier, bien envie de l'acheter ! merci pour cette critique long format, voici typiquement le genre de bouquin vers lequel j'aurais été incapable de me diriger spontanément en librairie : toujours effrayée par l'aspect chick lit de l'objet...pourquoi s'acharnent-ils à maquiller le bons livres sous ces couvertures grotesques ??