Sexe, mensonges et banlieues chaudes pour pauvre petite fille riche

Dans la même veine que Sex in the kitchen  d’O.Delvaux, paru l’an dernier, La Musardine publie  le 20 mars 2014 Sexe, mensonges et banlieues chaudes, un roman de Marie Minelli, qui s’adresse à un public féru de chick-litt un peu pimentée.


Encore une fois, et même si ça n’a rien à voir avec le talent des auteurs de ces livres,  ce  genre de bouquin ne me fait pas décoller, je m’y ennuie autant que Sara dans les draps d’Amaury… Mais sans nul doute est-ce parce que je suis trop rustique,  un peu vieille et je l’admets même, presque asociale. A force de devoir lire jusqu’au bout ces romans estampillés pour nanas,  sans rien éprouver,  (je lis en entier  tous les livres que je chronique)  je me dis que je ne dois pas tourner rond ; être une frigide livresque n’est pas drôle du tout, d’ailleurs cette atonie musardinière me tourmente,  le soir je m’inspecte pour savoir si je suis bien une fille. 


Pourtant, là, c’est le conte de fées à l’envers et comme j’aime bien le rebrousse-poil, ça me paraissait bien partir.  Sara, l’héroïne, est une jeune femme très  BCBG XXL qui évolue dans le monde parallèle de la "Haute qui se la pète" à un point qu’on ne peut imaginer. Mais la pauvre petite fille riche très docile est malheureuse.   En intro, la narratrice nous prévient : vous me regardez, je vous fais baver d’envie… "je suis celle que vous rêvez d’être"…mais c’est faux, en fait c’est moi qui voudrais être vous… 


Bon, là, ça démarre donc mal pour moi, vu que je ne veux surtout pas être comme la dame, et que je suis persuadée que la narratrice ne voudrait pas être moi.


Mais en admettant que vous, lectrice - si vous êtes un garçon, évidemment ça ne  marche pas, vu que la narratrice suppose que vous rêvez d’être coiffé comme elle - bref, si vous, lectrice,  rêviez de cage dorée, sachez que Sara échangerait ses 250 m2 à Neuilly contre vos 40 m2 d’HLM pourris en  banlieue. Oui, et même que c’est vrai. Car la vie que ses petites narines subodorent aux frontières exotiques du périph la fait fantasmer : là-bas, sûr qu’on doit jouir au moins et le bordel entre les reins. Et c’est ça qu’elle veut, Sara, le séisme dans son corps et les vraies odeurs et la vie pour de vrai, celle où l’on a plein de vrais emmerdes.  Elle raconte donc avec souvent assez de drôlerie l’aristocratique galère qu’elle subit, le  falot fiancé Amaury qui, j’en conviens, a une particularité dans l’orgasme qu’il vous faut découvrir… et le stratagème qu’elle met en place pour tâter du  mâle et respirer à plein poumon l’authenticité à mille lieues de son palais de grande bourge.


Bon, dans le titre du roman, la banlieue est chaude, mais dans le texte il n’est pas question de fièvre sociale, de poussée frondeuse rebeu chelou inquiétante, non, la chaleur c’est juste celle du ventre du banlieusard, et pas celle du ventre de la banlieue qui à mon avis aurait brûlé les ailes du joli petit papillon sorti de sa chrysalide.


La narratrice emploie plusieurs fois le mot improbable, mot d’ailleurs  très à la mode dans les médias et en littérature. Ce roman, très improbable donc doit se lire au 4ème degré, je suppose, comme un conte de fées des temps modernes. Et finalement  ce texte alerte  est à mettre entre les mains de toutes les petites filles riches, ou à offrir comme bréviaire aux belles du Bal des débutantes.


Anne Bert 


Sexe, mensonges et banlieues chaudes – Marie Minelli – La Musardine – Mars 2014 –  179  pages -  14 euros .

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