Joseph Ponthus : la conserverie

Le texte de Joseph Ponthus reste au plus près de la violence sociale. Le héros va à l'usine pour les sous dans l'agro-alimentaire. L'auteur  écrit en une sorte de roman autobiographique sur sa ligne de production pour échapper à la pénibilité. Le tout est rageur et poétique.
Celui qui vient d'un milieu lettré et l'a quitté par amour, a pris ce travail de subsistance "dans la gueule" . L'usine impose son rythme. L'auteur y tient par ses souvenirs littéraires au milieu des odeurs de poissons.

Nous ne sommes pas dans L'établi de Linhard mais pas loin. Toutefois ce dernier était allé à l'usine par engagement révolutionnaire et pouvait partir quand il lui semblait. Ponthus, à l'inverse, est obligé de rester. Désabusé mais il tient dans une violence sourde.

La littérature est là pour sauver la vie de l'auteur. Il  montre l'écrasement que la capital fait peser sur la vie. Et le roman devient une arme apprise par Ponthus chez Dumas,  son E. Dantès et Vicomte de  Bracelone.
La fiction est écrite sans ponctuation afin de prouver qu'à l'usine il n'existe pas de respiration. Elle se reprend la soir - et pour l'auteur -  près de sa  Pénélope. La révolte est sourde. Car le romancier ne possède plus de voix pour gueuler. Il y a l'air mais plus de paroles. Celles qui demeurent fondent néanmoins un constat d'époque.

Reste un chant d'amour pour l"épouse. Celui qui égoutte du toffu (entre autres), travaille le minerais (entendons les carcasses) écrit comme il pense dans ses feuillets d'usine avec des références à Apollinaire, Aragon, Cendrars au moment où la culture ouvrière en tant que telle a disparu. Le langage officiel l'a effacée par ses nouvelles nomenclatures. Le collectif a disparu.
Le cadre ouvrier est celui qui jadis fut central et est rejeté dans un monde parallèle. Le poisson pané devient la panacée des jours saumâtres. Et plus que roman  le texte se transforme en une sorte de poème en prose.
Il trouve ses racines dans  Question qui se pose à un écrivain qui lit de Bertolt  Brecht. Mais ici  l'écrivain est remplacé par un opérateur de production. Là où même le poète de la Pléiade, Ponthus de Tyard fait retour (en ancêtre de l'auteur) en tant que corps et paradoxale ombre tutélaire.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Joseph Ponthus, À la ligne, La Table Ronde, janvier, 2019, 272 p.-, 18 €

Ce livre a reçu les distinctions suivantes :
Grand Prix RTL/Lire 2019
Prix Régine Deforges 2019
Prix Jean Amila-Meckert 2019
Prix du premier roman des lecteurs de la Ville de Paris 2019

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