Romancier, nouvelliste et dramaturge né en 1972, Laurent Gaudé publie son œuvre, souvent primée et traduite dans le monde entier, chez Actes Sud
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Laurent Gaudé, Danser les ombres

On est assez gêné par le dernier roman de Laurent Gaudé, Danser les ombres. Il a en effet tout pour être un grand récit, un style impeccable, un sujet fort, une maîtrise totale de la narration. Pourtant, quelque chose ne prend pas, c'est un peu trop attendu, et répond presque de manière gémellaire aux autres romans humanistes de Gaudé, de sorte qu'on ne peut s'empêcher de penser que c'est trop fabriqué

L'oeuvre que construit Laurent Gaudé est en effet assez bipolaire. D'un côté, de grands romans sur thèmes antiques ou éternels, de l'autre, des romans humanistes sur une catastrophe humaine. Son sommet, Le soleil des Scorta, a la force d'être à la croisée de ses passions, mais Danser les ombres, malheureusement, est du côté des romans du ressentiment, comme Eldorado ou Ouragan. Et donc, après les souffrances des déshérités boat-people méditerranéens, après les réfugiés de la tempête américaine, voici les damnés de la terre haïtienne.


"En ce matin de janvier, la jeune Lucine arrive de Jacmel à Port-au-Prince pour y annoncer un décès. Très vite, dans cette ville où elle a connu les heures glorieuses et sombres des manifestations étudiantes quelques années plus tôt, elle sait qu’elle ne partira plus, qu’elle est revenue construire ici l’avenir qui l’attendait.
Hébergée dans une ancienne maison close, elle fait la connaissance d’un groupe d’amis qui se réunit chaque semaine pour de longues parties de dominos. Dans la cour sous les arbres, dans la douceur du temps tranquille, quelque chose frémit qui pourrait être le bonheur, qui donne l’envie d’aimer et d’accomplir sa vie. Mais, le lendemain, la terre qui tremble redistribue les cartes de toute existence…
Pour rendre hommage à Haïti, l’île des hommes libres, Danser les ombres tisse un lien entre le passé et l’instant, les ombres et les vivants, les corps et les âmes. D’une plume tendre et fervente, Laurent Gaudé trace au milieu des décombres une cartographie de la fraternité, qui seule peut sauver les hommes de la peur et les morts de l’oubli."


Alors que ses deux précédents romans de la souffrance humaine construisaient un véritable univers, impliquaient les souffrances humaines dans un monde beaucoup trop grand pour quelque espoir, Danser les ombres semble vouloir porter un peu de cet espoir trop artificiellement plaqué sur le réel pour être tout à fait convainquant.

 

Mais que de bons sentiments ! que de clichés et de redondance dans les souffrances ! Pourquoi refaire le même roman en changeant les lieux et les spécificités culturelles mais en conservant ce qu'il y a de plus larmoyant et beau à la fois, pour former une manière de rédemption possible ? Le grand romancier haïtien Lyonel Trouillot, à qui le roman est dédié, s'il traite de sujets similaires (la souffrance de son île martyre), le fait avec beaucoup plus de force et de vérité. C'est peut-être cela qui manque ici à Laurent Gaudé, la vérité d'un sujet ressenti comme sien, plutôt qu'un drame sur lequel il s'est lui-même apitoyé.  

 

 

Loïc Di Stefano

 

Laurent Gaudé, Danser les ombres, Actes sud, janvier 2015, 250 pages, 19,80 eur

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