Leïla Slimani change de cap

Leïla Slimani est la vedette de ce début d'année. Elle sait vendre son livre. Photogénique (ce qui ne gâte rien) elle parle bien et est donc accueillie par les médias à micro et bras ouverts. Bref elle est devenue une star médiatique au moment où après des romans courts elle entre en une longue saga.

Elle commence dans ce premier tome l'évocation d'une jeunesse alsacienne amoureuse d'un combattant marocain. Mathilde, l'héroïne, part dans son pays où cette jeune épouse sera une étrangère. C'est l'homme désormais qui indique les règles.
L'auteure sait faire du neuf avec du vieux là où les thèmes forcément emportent l'adhésion. Ne cherchant jamais la provocation, intelligente,  la romancière propose une fiction rassembleuse au sein de jeux d'oppositions.

Cet Autant en emporte le vent marocain est narrativement sans surprise mais bien ficelé. Tout fonctionne car l'auteure colle à ses personnages en évitant le roman à thèse. Le texte est très travaillé dans sa fluidité. Par les sensations qu'il procure il demeure saisissant autant par les êtres, les lieux que les  atmosphères.

Le couple hors-norme tient avant tout par le personnage féminin poussée par un envie de liberté. Elle choisit un chemin difficile mais dans ce premier tome tout reste alerte.
Leïla Slimani y décline divers types de dominations collectives et intimes hors manichéisme. Et il est difficile d'émettre des réserves tant le livre est bien fait. L'ensemble reste solide, habile quoique laborieux et parfois trop long. L'ambition  du roman manque juste un peu – mais un peu seulement – de feu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Leïla Slimani, Le pays des autres, Gallimard, mars 2020, 368 p.-, 20 €
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2 commentaires

Belhajilali

Le récent Goncourt avec "chanson douce"ne manque pas de laisser perplexe le lecteur au point d'oser des questions comme ;c'est le prestigieux prix qui perd ses repères ou bien,c'est un déclin de la Littérature pur et simple?                                                                        Dans son premier roman comme dans le second,c'est toujours l'ombre de l'émigration qui se faufile entre les lignes .Adèle est  d'origine algérienne;Myriam ,d'origine marocaine. Les deux créatures tiennent énormément de leur créatrice et surtout ce besoin brûlant mais camouflé de se croire intégrée(s) à la société d'accueil d'où cette recherche fiévreuse de la...liberté,parfois n'importe comment comme Adèle.Émancipation en tant que femme,dites-vous? C'est ce qui vient à l'esprit en premier car de toute façon, il y a plus grave même si l'auteure ne se sent pas concernée ,qui ,avant d'arriver en France avait grandi dans une famille marocaine où la culture occidentale avait la part du lion et donc,effectivement ,on ne pourrait affirmer que Leïla Slimani souffre assez du déracinement pour en inculquer clairement le syndrome à ses deux personnages.Cependant... Myriam rejette furieusement l'idée que ses enfants puissent parler arabe et c'est tout de même curieux.La culture d'origine serait-elle pour l'auteure une malédiction qui lui colle à la peau au point d'en transmettre la haine à cette dernière? Si c'est le cas,ce sera une malédiction dure à exorciser ...

                                                                              

Belhajilali

Louise est le personnage principal de"chanson douce".C'est une nounou comme on  n'en peut trouver nulle part .En France,une française-sûrement maudite-avec de bonnes références ,sert de nounou à Miryam ,un fruit de l'immigration africaine.Rien que ça.Le monde à l'envers?Mais on s'en" tape" diront des mal élevés.  Mauvais départ,donc, pour un futur Goncourt.,mais là encore,c'est plus en rapport avec la décadence de la littérature.Louise qui  séduit,fascine;Louise sur toutes les lèvres parce qu'elle est de culture occidentale,parce qu'elle réalise des exploits dont une nounou issue de l'émigration est incapable.Louise,un personnage si prisé que l'auteure en fait une personne indispensable même si Miryam ,la patronne ,trop tard,veut la remettre à sa place.En littérature aussi,ce personnage finit par agacer car encombrant! Quelle issue alors?L'assassinat inexplicable pour un personnage encensé de toutes les vertus.Un acte gratuit ?PLutôt du n'importe quoi.