Maurice Sachs - biographie

Ecrivain français, aventurier, demi-mondain, observateur attentif de la vie intellectuelle et politique des années 20 et de l'Occupation, collaborateur éphémère et inopérant de la Gestapo, Maurice Sachs (1906-1945) est l'auteur du Sabbat, roman largement autobiographique. Sa présence dans les lettres française reste importante, il est notamment un personnage important dans l'œuvre de Patrick Modiano.

16 septembre 1906. Naissance de Maurice Sachs né Ettinghausen dans une famille juive non pratiquante. Après le divorce de ses parents (1912), il est déplacé de pensionnat en pensionnat et connaîtra une enfance plutôt malheureuse. 

1923. Sa mère, remariée au chroniqueur mondaine Michel Georges-Michel, s'enfuit à Londres pour éviter les poursuites judiciaires suite à diverses escroqueries. Elle ne reviendra en France que dans les années 50. Maurice à 17 ans, il est livré à lui-même. Fréquentant assidûment les milieu homosexuels de la capitale, il rencontre Jean Cocteau, en deuil de Radiguet, dont il devient le secrétaire. Cocteau, qu'il vénère littéralement, lui présente la bonne société dont Jacques Maritain (qui le convainc et Maurice Sachs se converti au catholicisme en 1925. Il entre alors au Séminaire, mais son homosexualité l'en chasse... ) et Max Jacob, qui l'incite à écrire. 

Septembre 1930. Sachs s'enfuit aux Etats-Unis, pour fuir la justice et ses amis suite à quelques escroqueries (il a notamment vendu des objets d'art et manuscrits de Cocteau, qu'il fera également chanté pour que certains passages sulfureux de son Sabbat soient retirés du texte final...). Bon sang ne saurait mentir... Il signe avec NBC contrat pour une émission qui rencontre un grand succès. Désireux de faire de la politique, il se convertit au protestantisme et épouse Gwladys Matthews, dont le père est modérateur pour l'église presbytérienne. 

1933. Il rentre en France, ayant tout abandonné, sauf le jeune homme qui l'accompagne, Henry Wibbels, qui sera son amant de 1933 à 1937.

1935. Publication de son premier roman, Alias, chez Gallimard, sur recommandation d'André Gide.

1936. Il publie un opuscule élogieux sur le Parti communiste, Maurice Thorez et la victoire communiste

1937. Pour échapper à ses créanciers, épuisé, ruiné, il se fait interner. Il commence l'écriture du Sabbat, son roman exutoire et autobiographique. Sa publication, prévue en 1939, sera repoussée du fait de la Guerre. 

1940. Maurice Sachs anime sur Radio Mondial une émission collaborationniste destinée à convaincre les Etats-Unis d'Amérique d'entrer en guerre contre l'Allemagne, ce qui le met sur la liste des personnalités à abattre. Après un court séjours à Bordeaux, où il se réfugie pour échapper à la Gestapo, il rentre à Paris et se livre au Marché Noir jusqu'en 1942. Ruiné, de nouveau en fuite, il se réfugie auprès de Violette Leduc, qu'il fait passer pour son épouse. Puis, sans autre possibilité de ressources, il entre au STO.

1943. Pour trouver un emploi, il offre ses service à la Gestapo, sous un faux-nom, pour infiltrer les milieux homosexuels. Mais comme il ne fait que voler, mentir et refuser de dénoncer, il est finalement arrêté et incarcéré. Il profitera de ses années d'isolement pour écrire. 

1945. Dans la débâcle allemande, ne pouvant plus avancer comme les autres prisonniers, il est abattu d'une balle dans la nuque par un soldat allemand. 

publications

  • The Decade of Illusion, Alfred A. Knopf, New York, 1933.
  • Alias, 1935.
  • Maurice Thorez et la victoire communiste, Denoël & Steele, 1936.
  • André Gide, Denoël & Steele, 1936.
  • Honoré Daumier, Pierre Tisné, 1939.
  • Au temps du Bœuf sur le Toit, 1939.
  • Chronique joyeuse et scandaleuse, Corrêa, 1950.
  • Correspondance, 1925-1939, Gallimard, Paris, 2003.
  • Histoire de John Cooper d'Albany, Gallimard, Paris, 1955.
  • La Décade de l'illusion, Gallimard, Paris, 1950.
  • Derrière cinq barreaux, Gallimard, Paris, 1952.
  • Abracadabra, Gallimard, Paris, 1952.
  • Le Sabbat. Souvenirs d'une jeunesse orageuse, Éditions Corrêa, Paris 1946.
  • La Chasse à courre, Gallimard, paris 1997.
  • Tableaux des mœurs de ce temps, Gallimard, Paris, 1954 
  • Le Voile de Véronique, roman de la tentation, Denoël, 1959.

Loïc Di Stefano

En complément, lire la biographie de Maurice Sachs par Henri Raczymow, Maurice Sachs ou les travaux forcés de la frivolité, Gallimard, 1988, 504 pages, l'expression "travaux forcés de la frivolité" étant de Sachs lui-même. Cette biographie, admirablement écrite, met en avant le côté sombre de l'écrivain, ainsi que son âpreté au gain, qui lui fait choisir n'importe quel camp pourvu qu'il soit payé.
 

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1 commentaire

bigoudi
bigoudi

Le "soldat allemand" qui a abattu Maurice Sachs était un volontaire  flamand de la SS, du nom de Vouth.