Sur la route du Front

Le peuple n'est pas une entité politique très appréciée, les élites veulent le manipuler (en donnant notamment des consignes de vote de second tour, qui peuvent être diamétralement opposées aux convictions initialement défendues) et ceux qui lui parlent directement sont déconsidérés et traités de "populistes", pire injure journalistique pour parler des personnalités politiques qu'on méprise. Pourtant le peuple considéré comme une entité cohérente et culturelle forme la vérité d'une nation, son essence politique au sens platonicien du terme.  Et parmi les partis politiques français, seule le Front National (FN) se pose comme directement lié au peuple.

"Une multitude d'individus , fussent-ils citoyens de droit de leur pays, ne fait pas un peuple. [...] Le FN propose à ses électeurs de faire peuple, d'être le peuple français. Il donne à la France une identité politique. Une identité dont les contempteurs du FN pensent et disent ce qu'ils veulent, mais dont on peut supposer qu'en le faisant ils répondent, seuls, à un besoin social. C'est ainsi que le FN "politise" : il donne au peuple de France une identité". 

Dans son brillant essai sur l'avènement du Front national, né du choc des élections de décembre 2015, Jean-François Pradeau, professeur de philosophie politique et platonicien émérite, fait l'amer constat : "la victoire du Front national semble inéluctable", et fonde son jugement sur l'état politique de la France, où les partis traditionnels s'inter-échangent les "idées" et les "discours" sans plus s'attacher à l'Histoire ni aux valeurs réelles du peuple, formant une masse informe justement baptisé UMPS par le Front National : l'union des partis frères-ennemis dans une lutte contre leurs propres idées et aux seules fins d'empêcher le FN d'être élu. Pour le dire autrement, "les électeurs du FN s'estiment aujourd'hui spoliés. Et ils ont bien évidemment raison, car l'issue des élections de décembre 2015 [...] est bien un vol électoral"

Éclairant à plus d'un titre, sur l'état de la France politique et sur l'aveuglement des élites qui s'obstinent à nier l'évidence, Sur la route du Front est un cri d'alerte autant qu'un cri de colère et de dégoût. Les analyse froides et justes de la situation politique conduisent à reconnaître que l'absence de culture historique (lié à une décision calamiteuse mise en branle par le ministère de l'Education nationale et celui de la Ville : maintenir une parie de la population dans ses ghettos, sans les ouvrir mais en y conduisant des politiques d'enracinement par l'installation de zones franches et autres procédés constituant non pas une ouverture mais un enlisement loin du coeur de la Cité) et de vision politique doctrinale réelle : "Les victoires électorales du FN attestent donc bien la fin du bipartisme. Mais si ce dernier s'achève électoralement, c'est aussi parce que les forces en présence sont épuisées : elles n'ont guère plus de doctrine, elles n'ont guère plus d'espérance et d'idéologie politique à offrir". Si la seule politique de l'UMPS étendue aux partis latéraux consiste en un vulgaire "tout sauf le FN", alors le "peuple" pourra à juste titre considéré que le seul parti qui lui propose quelque chose, qui appuis sa doctrine politique sur une Histoire et qui veut lui rendre sa vérité de Nation, c'est le FN. La victoire du FN, annoncée par un Cassandre malheureux de l'aveuglement des "républicains" (dont certains courent après les slogans et les postures du FN pour s'en faire des habits neufs...) qui ouvrent la France à une oligarchie non nationale et supérieure : 

"Pour le dire plus simplement, notre pays est l'un de ceux qui, en Europe, doivent désormais choisir entre deux voies : la voie tyrannique des mouvements populistes ou bien l'accès au pouvoir, à un autre échelon que l'échelon national, d'une oligarchie européenne. C'est ce que nous promet la situation politique de notre pays, dont les avenirs possibles ne sont pas en nombre infini."

Mais le peuple veut-il disparaître dans l'Europe et être dirigé par des administrateurs non élus ? Le FN étant la seule force politique à répondre à la dépolitisation du peuple et aux autres attaques que subit la France ("la collusion des difficultés de l’immigration maghrébine et effondrement des Etats du Moyen-Orient" ainsi que les crises économiques qui s'enchaînent depuis huit ans, sera (et l'auteur s'en attriste) la seule force politique à pouvoir émerger. A lire d'urgence, comme un cri.  


Loïc Di Stefano

Jean-Pradeau, Sur la route du Front, Manitoba / Les Belles Lettres, septembre 2016, 80 pages, 11 eur
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