Norbert Spehner, le Détectionnaire « Comme quoi, en matière d’investigation criminelle, rien ne vaut les conseils d’un mort »

Le Détectionnaire, Norbert Spehner

 

Description de l’éditeur :

Dès son apparition au XIXe siècle, la littérature policière a fasciné. D'abord récit d'énigmes et de détection, le roman policier a évolué et s'est diversifié au fil des décennies, tant et si bien qu'il est d'usage maintenant de parler " des " littératures policières. En France, tout comme au Québec et dans l'ensemble de la francophonie, il ne s'est jamais publié autant de polars, de romans noirs et d'espionnage. Comme lecteur, nous avons littéralement l'embarras du choix. Or, pour bien choisir ses lectures, encore faut-il savoir ce qui est offert... et c'est là qu'entre en scène " Le Détectionnaire " qui présente, à la manière d'un dictionnaire, tous les personnages récurrents qui ont fait la réputation de la littérature policière mondiale – plus de 2600 ! Le Détectionnaire est un ouvrage de référence unique qui recense les personnages récurrents de la littérature policière mondiale. C'est aussi l'accomplissement d'un projet titanesque piloté par Norbert Spehner.

 

Quand Norbert Spehner ne taquine pas le Doré, le Crapet de soleil-roche (poche ou non), la Perchaude guillerette ou cette vieille Barbotte de dessous les fagots, il est pape.

Spécialiste incontournable des genres de la littérature policière, il s’est vu à de nombreuses fois reconduire dans les fonctions d’encyclopédiste en chef, de critique impartial, mais a toujours refusé le port de la robe, du moins devant les assemblées de lecteurs assemblés pour lire ou l’écouter distiller son savoir.

Il fut le premier qui me donna une lecture simple et logique de cette littérature. Sa description du mythe d’Abel et Caïn vu par les écrivains est limpide : vous écrivez du polar, parlez d’Abel, le supplicié, du thriller, alors concentrez votre texte sur l’assassin, Caïn, et si vous déclinez en historique, scientifique ou psychologiques cela ne changera rien, si ce n’est de vouloir écrire de l’espionnage ; alors, le berger nomade Abel sera assassiné par le citadin Caïn, tous les deux amoureux d’un même Dieu qui devra choisir le camp qui gagnera, et pas celui qu’on croit.

Né en France, il y a bien longtemps dans un autre millénaire, Norbert Spehner fit de 1968 sa révolution géographique en répondant à la maxime québécoise : « la différence entre un Français et une baleine ? Ben, coudon, le premier ne repart jamais ! ».

Professeur, auteur, chroniqueur, directeur de collection, critique, moustachu et pêcheur devant l’éternel, il s’est lancé il y a une dizaine d’années dans l’impossible mission de collationner dans un seul ouvrage les quelques milliers de personnages récurrents de la littérature policière.

Pape du polar, certe, mais moine copiste aussi, parce que collecter autant de données et les rendre lisibles fut sans aucun doute plus difficile qu’à Eusèbe de Césarée d’imaginer la chrétienté.

Vous avez donc tout dans cet ouvrage de huit cents pages, édité par Alire éditions. Vous y apprenez que mon Carignac est né un 11 novembre et s’est acheté un manoir sur le bord du fleuve St Laurent, que je l’ai installé dans au moins une dizaine de romans et ça, dans une encyclopédie, cela vous arrive comme une décoration.

Quelques bons mots sont distillés dans la bible du policier, qui rend la lecture aisée, le sourire jamais loin, comme ce « Comme quoi, en matière d’investigation criminelle, rien ne vaut les conseils d’un mort ».

Poirot, Bosch, Murphy ou Gillespie y figurent en compagnie de trois mille autres de 1971 à 2016. Ne pas y être et l’auteur crie au complot, je l’ai vécu au Salon du Livre de Limoges où mon voisin, qui m’avait fait l’honneur de se présenter comme le roi de l’espionnage après avoir autoproduit quelques mots tirés de Wikipedia me signala, furieux, que Spehner lui en voulait : son personnage principal n’était pas dans le Détectionnaire.

Voyons, là, le signe que Spehner a réussi à se poser, après pape, copiste et encyclopédiste, comme l’auteur d’un outil obligatoire pour les lecteurs, chercheurs et amateur du genre, qui se devront de posséder un exemplaire pour assouvir leur soif de connaissance de leurs héros favoris, et pour nous, les tâcherons de l’écriture pour nous jeter entre les pages pour vérifier si nous y sommes, aussi.

Pour conclure, avant de reposer mon exemplaire dans ma bibliothèque, un marque-page oublié à la page 147 à destination de l’éventuelle main qui se saisirait du kilogramme de connaissances, je ne pourrai que conseiller pour le prix de deux mauvais polars, que l’univers en son entier possède le Détectionnaire.

 

Patrick de Friberg

 

Le Détectionnaire, Norbert Spehner et Yvon Allard, Alire éditions, octobre 2016 Québec, mars 2017 France

 

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