Disney, la couleur & l'optimisme

Comment tout changer pour que rien ne change ? Que Disney conserve le leadership. Que l'usine à rêves continue d'endormir les consciences. Que les studios concurrents demeurent au loin. Car depuis l'arrivée de Pixar, l'empire Disney a vascillé. Quelques dessins animés ratés. Quelques animations bancales dans les parcs d'attraction et la magie disparaît. Or nous sommes ici au centre de l'industrie du spectacle. Aucune place ne doit être laissée au hasard.
Oui, quoi de neuf chez Disney ?
Le géant de Burbank se révéla encore à la hauteur. Les créatifs des multiples filiales de la Walt Disney Company ont relevé le défi.

Avec plus de 500 titres de dessins animés, de fils, de séries TV, d'attractions, de comédies musicales, de comics et/ou de jeux vidéos, les productions Disney incitent le public à croire dans le progrès. À s'oublier dans les nouvelles technologies... Oublié les valeurs du créateur. Dissipées les tendances au conservatisme. Les studios portent désormais le message contemporain : féminisme, inclusivité, mutliculturalisme. Toutes les identités se retrouvent au sein des concepts de l'usine à rêves. Voilà Disney engagé en politique pou soutenir le démocratie !
Le Disneyverse - l'univers que forge la marque Disney - n'occulte en rien la réalité de notre époque. Il ose se confronter aux inégalités, au terrorisme, à la crise écologique... Il est ainsi partie prenante de la mondialisation...

Christian Chelebourg est professeur de littérature à l'Université de Lorraine. Il eut l'idée de ce livre quand il fut confronté au désintérêt de la critique pour les productions Disney. Pourquoi le monde de Disney est-il boudé par les chercheurs ? Il décide alors d'analyser sans préjugé, les valeurs et les causes que la firme défend. Pour cela il ne fallait pas s'en tenir aux seuls dessins animés. Mais bien embrasser l'ensemble du Disneyvese, cet univers de fiction forgé par les différentes filiales.

Voici une étude culturelle globale de l'entreprise. Reliant ses produits marchands à sa stratégie économique. On constate alors très vite une inversion des rapports de domination habituellement repéré. Car un monstre de la taille de Disney s'avère plus dépendant qu'on ne le pense des consommateurs. Il y a une exigence de rentabilité qui s'impose. Quelle que soit l'échelle. Il faut remporter l'adhésion d'un public toujours plus vaste. Il faut aussi minimiser tant que faire se peut les polémiques médiatiques. Nous voici au centre de la dialectique hégélienne du maître et de l'esclave...

Pour déjouer les coups bas, notamment sur les réseaux sociaux, Disney investit dans les mouvements qui lui paraissent les plus progressistes. Surtout parce qu'ils favorisent la tolérance. La famille est donc mise en avant. Le souci de la vie collective. Le vivre-ensemble sanctifié !
Les engagements caritatifs sont multipliés et soigneusement mis en avant (sic). Il faut que tout le monde aime Disney. On pourrait presque faire un parallèle avec Nestlé...
Multinationale comme une autre, Disney veut faire changer le monde... à son profit. Croire aux fins heureuses, abolir la désespérance inhérente au présent. Trouver du sens et donc donner du sens à l'Histoire... Et oublier que l'Amérique est plus menacée de l'intérieur que de l'extérieur. Disney en mode autruche ?
Plus maintenant: la fin de dernier volet de Spider-Man, en 2017, voit Peter Parker, à la fin, refuser de rejoindre les Avengers pour veiller sur son quartier.

Au-delà de héros aux super-pouvoirs, la WDC compte plutôt sur le girl power. Princesses et présidentes, les femmes sont mises en avant car elles savent mieux que les hommes éluder les conflits. Même les robots intègrent dans leur logiciel que l'homme n'est plus sur son piédestal. Toutes les formes de vies méritent le respect. Même les droïdes, ajoute avec humour L3-37 dans Solo: A Star Wars Story (2018).

Ouvrage érudit qui démontre combien Disney façonne en profondeur l'opinion publique. Dessine les contours d'un possible consensus. Par l'optimisme, l'avenir sera forcément meilleur. À tout le moins, on peut toujours faire semblant d'y croire...


Annabelle Hautecontre

Christian Chelebourg, Disney ou l'avenir en couleur, 145 x 210, Les Impressions nouvelles, coll. Réflexions faites, novembre 2018, 320 p. - 22 euros

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