Mãn de Kim Thúy, l'envers d'un restaurant...

Du Vietnam au Canada, de la soumission à la recherche de liberté amoureuse, Mãn est une jeune femme que sa mère à marié à un restaurateur vietnamien travaillant au Québec. Dans un Vietnam traditionnel, rare sont les femmes mariée par amour et Mãn ne fait pas partie de l’exception. Avec l’aide d’une marieuse, les rendez-vous commencent, tout d’abord sans aucun échange, même pas un regard, finissant finalement par un court moment en tête à tête. Froides et banales, les trois uniques rencontres se conclurent en un mariage.

S’installant avec son mari dans le restaurant, la jeune femme se consacre alors à cuisiner, tel que sa mère le lui a appris, tel que la tradition le voulait. La cuisine est comme une vertu, transmise de mère en fille dans le creux de l’oreille pour protéger les recettes, comme pour qu’aucune saveur ne s’échappe et surtout pour garder le secret de ce qui fait alors le caractère unique de chaque plat. Chacun raconte une histoire, un souvenir, ou est rattaché à un village. Avec son mari elle a deux enfants. Elle se lie d’amitié avec Julie, qui devient sa grande sœur. De commandes en commandes, le restaurant grandit en réputation, attire de plus en plus de clients et acquiert une réputation internationale.  L’attention portée à la cuisine est primordiale, elle en est presque sacrée et mêlée au récit de la vie de sa mère, c’est aussi l'intimité de Mãn que l’on découvre, à travers sa consécration à son métier, l’accomplissement d’une vie idéalisée, mais bientôt aussi avec sa rencontre avec Luc.

Mãn va réaliser qu’elle peut aussi tomber réellement amoureuse, et, va alors se débarrasser  de sa réserve, de sa pudeur naturelle et culturelle. 

 

Kim Thúy signe avec Mãn son troisième livre, dont l’histoire simpliste sera dans difficulté pardonnée par un style, qui va donner à tout détail de la beauté, du charme. Le récit de sa mère, et celui de la romance de Mãn est embellit par une écriture poétique, un style que l’auteur maîtrise parfaitement et aussi par une découverte de la culture vietnamienne, par certains détails qui sont tus, comme par certains détails mis en avant. Ce petit livre est à déguster !

Maman et moi, nous ne nous ressemblons pas. Elle est petite et moi je suis grande. Elle a le teint foncé, et moi j’ai la peau des poupées françaises. Elle a un trou dans le mollet et moi j’ai un trou dans le coeur.

Ma première mère, celle qui m’a conçue et mise au monde, avait un trou dans la tête. Elle était une jeune adulte, ou peut-être encore une fillette, car aucune femme vietnamienne n’aurait osée porter un enfant sans porter un jonc au doigt.

Ma deuxième mère, celle qui m’a cueillie dans un potager au milieu des plants d’okra, avait un trou dans la foi. Elle ne croyait plus aux gens, surtout quand ils parlaient. Alors elle s’est retirée dans une paillote, loin des bras puissant du Mékong, pour réciter des prières en sanskrit. 

Ma troisième mère, celle qui m’a vu tenter mes premiers pas, est devenue Maman, ma Maman. Ce matin là, elle a voulu ouvrir ses bras de nouveau. Alors elle a ouvert les volets de sa chambre, qui jusqu’à ce jour étaient restés fermés. Au loin, dans la lumière chaude, elle m’a vue et je suis devenue sa fille.

 

Kim Thúy est vietnamienne  quittant son pays en 1978, elle rejoint Montréal où elle vit depuis une trentaine d'années. Son premier livre, Ru, sortit en France en 2010 a rapidement séduit la critique française. En 2011 elle publie A toi, recueille de nouvelles. Dans la continuité de Ru, elle nous présente en 2013 son nouveau roman, avec toujours ce même style, poétique mais étonnant par sa force. 

 

Maria Quiroga

 

Kim Thúy, Mãn, Édition Liana Levi, 7 mai 2013, 143 p. - 14,50 €

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