Le regard de l'écrivain Serge Camaille sur les littératures du terroir.

Olivier Bardy : Le fils caché de Frédéric Dard et Léo Malet ?

Je me demande si, comme moi, quelques-uns d'entre vous regrettent le temps d'avant 2001. Parce que jusqu'en 2001, on attendait fébrilement chaque trimestre la sortie du prochain San Antonio, la bave aux lèvres, voire dans un état proche de l'apoplexie quand il avait quelques semaines de retard !

Puis plus rien, avec la disparition du grand Frédéric Dard... Ou si peu de choses... Quelques ersatz commis par son fils Patrice, mais la magie n'opérait plus. Depuis, nous nous étions résignés.

Jusqu'à ce qu'un matin de 2015, où lors d'une de mes dédicaces Berrichonnes, je tombe sur une couverture rouge qui portait le titre de La mégère portait des gants Mapa. Par curiosité, j'ouvre et commence à lire... Et là, la magie opère !

Mais qui est donc ce Olivier Bardy ? Le fils caché de Frédéric Dard et Léo Malet ? Non, sûrement pas... On l'aurait su !

Pourtant, tous les ingrédients sont là. Côté Léo Malet : un détective, Quim Vargas, accompagné d'une affriolante secrétaire – Brenda Lee – et d'un ineffable adjoint – Léon –, dit La légion, dit Le Gorille, un ancien de la Légion, amputé d'une patte « avantageusement remplacée par une jambe de bois, façon pied de commode Louis XVI ». Voilà pour le parallèle avec Burma.

Côté Dard, on retrouve tout le reste. La magnificence de Quim Vargas, le détective Berrichon, nous ramène tout droit au célèbre commissaire San Antonio... Quant à Léon, dit La Légion, dit... Il nous remet en mémoire avec le plus grand bonheur l'irremplaçable Bérurier... Lui qui est Berruyer !

Mais ce qui a par dessus fait opérer la magie, ce fut la verve ! Parce qu'elle est bien là... Et l'art de manipuler les mots et les images à travers d'impayables digressions m'a ramené quelques années en arrière. Fi de mon blabla, vous comprendrez mieux avec de menus extraits :

Concernant Léon : « L'animal affichait près de cent cinquante kilos sur la bascule du marché aux bestiaux de Sancoins (une des rares qui soit en mesure d'évaluer sa densité) avant qu'il n'engloutisse un petit déj que n'aurait pas renié Gargantua », ou encore : « Il est tellement connu dans son quartier que lorsqu'il va au supermarché les portes s'ouvrent toutes seules devant lui ».

Quelques autres : « Les aspirants aspiraient à se faire élire, et les soupirants soupiraient à grands soupirs devant les soupiraux », ou encore : « La France aux français, la Lune aux astronautes et les coquilles aux escargots ! »

Si Olivier Bardy arrive à la troisième aventure du détective Berruyer Quim Vargas, avec Môa Président, il commit l'année dernière Chromes et châtiments, seconde enquête dans le milieu des bikers.

En ce qui concerne Môa Président, sous titré judicieusement « Les pigeons auront 32 dents », si vous croyez que je vais vous révéler le pourquoi du comment le gros Léon veut accéder à la magistrature suprême, vous pouvez toujours vous gratter ! Vous n'aurez qu'à acheter le bouquin.

Je peux seulement vous dire que sa candidature va provoquer dans le grand bazar politico-médiatique français l'effet « d'un pachyderme dans la boutique de porcelaine de Deshouilières, à Foëcy ! »

Par contre, pour la rigolade, je puis vous assurer que vous allez vous gondoler bien mieux qu'à Venise !

Serge Camaille

Olivier Bardy, Môa Présient !, De Borée, mars 2017, 232 pages, 9 €

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