Cécile Ladjali & Lyonel Trouillot inaugurent la collection Essences chez Actes-Sud

En ce printemps 2013 éclot une nouvelle collection au sein des éditions Actes-Sud : Essences. Une idée naît de ce que pourrait évoquer un parfum, ce pygmalion de la pensée. Une fragrance qui convoquerait les images de nos vies. Stimulerait le désir. Délierait la mémoire. Sous la forme de courts récits, ce cheminement vers l’intime – entre oubli, errance et exil – est emboîté dans un joli ouvrage à la couverture lavande. Pages crème - sauf la première et la dernière qui reprennent l’identité foncée comme pour bien délimiter l’espace de beauté narrative qui sera ici proposée au lecteur. Typographie aérée.


Légèreté que ces approches, flâneries et vagabondages autour d’une idée. D’un instant précis qui, au cours d’une vie, sera susceptible de la faire basculer. Tout le moins de lui imprimer une marque, un talisman. Une orientation qui fera que l’après ne sera plus jamais pareil… Du récit au poème, de l’essai à la fiction, Essences deviendra le miroir d’un temps certain. La partition de l’effroi. La carte de l’absence. La musique du bonheur ou la fondation d’un éphémère…


Pour Cécile Ladjali, tout débute par l’image. Plus précisément, la peinture. Pour jouer au jeu des réminiscences olfactives, elle est partie d’un tableau de George de La Tour : La Madeleine à la veilleuse. Conduite par le reflet cristallisé du parfum qui entoura le corps du Christ, elle évoque le pendant. Ce qui aurait pu. Comme si Marie-Madeleine n’avait pas été chassée. Comme si Simon ne l’avait pas insultée. Si le Christ l’avait aimée. Pour ce qu’elle était. Bannie, exclue des hommes alors qu’elle ne quête que leur amour. Un puzzle qui invite d’autres tableaux. La Madeleine au miroir et La Madeleine aux deux flammes, actuellement en résidence au Metropolitan de New York.

Quatre nouvelles qui font le roman d’une courtisane.


Lyonel Trouillot livre un poème. Sur la mélodie des réminiscences olfactives. Hors champ, hors temps, une mère parle à sa fille. Evocation d’un passé sulfureux. Affirmation d’une volonté. Adoration des hommes et plaisir assumé, elle est aussi marquée au fer d’une fleur de honte. Mais qu’est-ce donc que ce petit dessin comparé à tous ses souvenirs. Que n’a-t-elle aimé ! Tous ces corps, ces parfums violents qui dansent encore dans son esprit. Peuplent ses yeux. Haltes ou errances : ce fut toujours un voyage épuisant mais si glorieux. Seule la jouissance de l’amour avait droit de citer.


Dans une langue fleurie et ronde et chaude, le chantre d’Haïti nous raconte la plus belle des histoires. Celle du souvenir. Sans regret ni honte. Au contraire ! Libre, cette mère fière en son dessein assumé. Et qu’importe qui est le père de sa fille puisqu’elle fut conçue dans l’amour. Total, absolu, barbare et interdit. Mais l’amour, le seul qui vaille… Ainsi elle ira, elle aussi, par le monde, porteuse de l’histoire de sa mère qui va rejoindre le paradis de ses ancêtres. Ni fardeau ni croix à porter. Mais le rayonnement d’une femme amoureuse de la vie.


Deux jolis petits opus que ces témoins-là. Longue vie à Essences. Pour que la rémanence peuple encore nos rêves. Que l’olfactif peignent nos sens. Que le piment du sel ponctue notre quotidien…


Annabelle Hautecontre


Cécile Ladjali, Corps et Âme, Actes Sud, coll. "Essences", mars 2013, 86 p. – 15,00 €

Lyonel Trouillot, Le doux parfum des temps à venir, Actes Sud, coll. "Essences", mars 2013, 64 p. – 13,50 €

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